Dimanche 1 décembre 2013

L’Eglise doit devenir une « mère au cœur ouvert »

 Premier dimanche de l’Avent

Télécharger le bulletin-info en PDF-bulletin_176_1_12_13

* * *

Extrait de l’Exhortation apostolique EVANGELII GAUDIUM du Pape François qui vient d’être publiée:

46. L’Église “en sortie” est une Église aux portes ouvertes. Sortir vers les autres pour aller aux périphéries humaines ne veut pas dire courir vers le monde sans direction et dans n’importe quel sens. Souvent il vaut mieux ralentir le pas, mettre de côté l’appréhension pour regarder dans les yeux et écouter, ou renoncer aux urgences pour accompagner celui qui est resté sur le bord de la route. Parfois c’est être comme le père du fils prodigue, qui laisse les portes ouvertes pour qu’il puisse entrer sans difficultés quand il reviendra.

47. L’Église est appelée à être toujours la maison ouverte du Père. Un des signes concrets de cette ouverture est d’avoir partout des églises avec les portes ouvertes. De sorte que, si quelqu’un veut suivre une motion de l’Esprit et s’approcher pour chercher Dieu, il ne rencontre pas la froideur d’une porte close. Mais il y a d’autres portes qui ne doivent pas non plus se fermer. Tous peuvent participer de quelque manière à la vie ecclésiale, tous peuvent faire partie de la communauté, et même les portes des sacrements ne devraient pas se fermer pour n’importe quelle raison. Ceci vaut surtout pour ce sacrement qui est “ la porte”, le Baptême. L’Eucharistie, même si elle constitue la plénitude de la vie sacramentelle, n’est pas un prix destiné aux parfaits, mais un généreux remède et un aliment pour les faibles.[51] Ces convictions ont aussi des conséquences pastorales que nous sommes appelés à considérer avec prudence et audace. Nous nous comportons fréquemment comme des contrôleurs de la grâce et non comme des facilitateurs. Mais l’Église n’est pas une douane, elle est la maison paternelle où il y a de la place pour chacun avec sa vie difficile.

48. Si l’Église entière assume ce dynamisme missionnaire, elle doit parvenir à tous, sans exception. Mais qui devrait-elle privilégier ? Quand quelqu’un lit l’Évangile, il trouve une orientation très claire : pas tant les amis et voisins riches, mais surtout les pauvres et les infirmes, ceux qui sont souvent méprisés et oubliés, « ceux qui n’ont pas de quoi te le rendre » (Lc 14, 14). Aucun doute ni aucune explication, qui affaiblissent ce message si clair, ne doivent subsister. Aujourd’hui et toujours, « les pauvres sont les destinataires privilégiés de l’Évangile »,[52] et l’évangélisation, adressée gratuitement à eux, est le signe du Royaume que Jésus est venu apporter. Il faut affirmer sans détour qu’il existe un lien inséparable entre notre foi et les pauvres. Ne les laissons jamais seuls.

49. Sortons, sortons pour offrir à tous la vie de Jésus-Christ. Je répète ici pour toute l’Église ce que j’ai dit de nombreuses fois aux prêtres et laïcs de Buenos Aires : je préfère une Église accidentée, blessée et sale pour être sortie par les chemins, plutôt qu’une Église malade de la fermeture et du confort de s’accrocher à ses propres sécurités. Je ne veux pas une Église préoccupée d’être le centre et qui finit renfermée dans un enchevêtrement de fixations et de procédures. Si quelque chose doit saintement nous préoccuper et inquiéter notre conscience, c’est que tant de nos frères vivent sans la force, la lumière et la consolation de l’amitié de Jésus-Christ, sans une communauté de foi qui les accueille, sans un horizon de sens et de vie. Plus que la peur de se tromper j’espère que nous anime la peur de nous renfermer dans les structures qui nous donnent une fausse protection, dans les normes qui nous transforment en juges implacables, dans les habitudes où nous nous sentons tranquilles, alors que, dehors, il y a une multitude affamée, et Jésus qui nous répète sans arrêt : « Donnez-leur vous-mêmes à manger » (Mc 6, 37).

pape-francois
PAPE FRANCOIS

Publicités

News-publications

«Que la Bible soit à portée de main dans nos familles, comme le pain est à portée de main sur la table familiale» (Mgr. Cattenoz)

Bible_grand_format

Devant la nouvelle traduction de la Bible, Monseigneur Cattenoz a été interviewé par la Pastorale Familiale du diocèse d’Avignon :     

 – Monseigneur, une nouvelle traduction de la Bible paraît ces jours-ci. Pourquoi ?

 Nous n’avions pas encore une Bible complète avec la traduction que nous entendons tous dans la Liturgie. Je me réjouis que cette traduction paraisse, car maintenant, nous entendrons la même Parole à la messe comme à la maison, à l’occasion de toutes nos rencontres en groupes, au catéchisme, dans les mouvements, dans notre méditation personnelle, dans les groupes bibliques. Il faut se réjouir de tout le travail accompli dans le monde francophone pour réaliser cette traduction qui nous accompagnera chaque jour. Comme un encouragement pour chacun de nous à plonger dans la Parole de Dieu.

Lire la suite

* * *

Lettre apostolique Evangelii Gaudium

Présentation par Mgr Salvatore Fisichella, président du Conseil pontifical pour la promotion de la Nouvelle évangélisation.

La lettre Evangelii gaudium, du Pape François écrite à la lumière de la joie, pour redécouvrir la source de l’évangélisation dans le monde contemporain. C’est ainsi que l’on pourrait résumer le contenu de ce nouveau document que le Pape François donne à l’Eglise pour préciser les chemins que la pastorale doit emprunter dans un avenir immédiat. C’est une invitation à retrouver une vision prophétique et positive de la réalité, sans pour autant se cacher les difficultés. Le Pape François nous encourage et nous engage à regarder devant nous, au-delà de ce temps de crise, faisant une nouvelle fois de la croix et de la résurrection du Christ l’ « étendard de la victoire » (85).

Lire la suite

Acheter on line: La Procure

« Appelés par Dieu à promouvoir la culture de la rencontre »

Homélie du Pape François aux JMJ

Rio de Janeiro 27 août 2013

Chers frères dans le Christ !

En regardant cette cathédrale remplie d’Évêques, de prêtres, de séminaristes, de religieux et religieuses venus du monde entier, je pense aux paroles du Psaume de la messe d’aujourd’hui : « Que les peuples, Dieu, te rendent grâce » (Ps 66). Oui, nous sommes ici pour rendre grâce au Seigneur, et nous le faisons en réaffirmant notre volonté d’être ses instruments afin que non seulement quelques peuples rendent grâce à Dieu, mais tous. Avec la même parresia de Paul et Barnabé, annonçons l’Évangile à nos jeunes, pour qu’ils rencontrent le Christ, lumière pour la route, et deviennent constructeurs d’un monde plus fraternel. En ce sens, je voudrais réfléchir avec vous sur trois aspects de notre vocation : appelés par Dieu ; appelés pour annoncer l’Évangile ; appelés pour promouvoir la culture de la rencontre.

1. Appelés par Dieu

Je crois qu’il est important de raviver en nous cette réalité, que souvent nous tenons pour acquise au milieu de tant d’engagements quotidiens : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis », nous dit Jésus (Jn 15, 16). C’est retourner à la source de notre appel. Un prêtre, un évêque, un religieux , une religieuse ou un séminariste ne peut pas avoir perdu la mémoire et oublier la référence essentielle qui est au début de son chemin. Demandez la grâce de Dieu, demandez-là à la Vierge Marie qui avait une bonne mémoire : demandez la grâce de vous souvenir de votre premier appel. Au commencement de notre cheminement vocationnel il y a une élection divine. Nous avons été appelés par Dieu et appelés pour demeurer avec Jésus (cf. Mc 3, 14). En réalité, le fait de vivre dans le Christ marque tout ce que nous sommes et faisons. Et cette « vie en Christ » est précisément ce qui garantit notre efficacité apostolique, la fécondité de notre service : «  Je vous ai établis afin que vous partiez, que vous donniez du fruit, et que votre fruit demeure » (Jn 15, 16). Ce n’est pas la créativité pastorale, ce ne sont pas les réunions ou les planifications qui assurent les fruits tout cela nous aide, mais ce qui assure les fruits, c’est le fait d’être fidèles à Jésus, qui nous dit avec insistance : « Demeurez en moi, comme moi en vous » (Jn 15, 4). Et nous savons bien ce que cela signifie : le contempler, l’adorer et l’embrasser, en particulier à travers notre fidélité à la vie de prière, dans notre rencontre quotidienne avec lui présent dans l’Eucharistie et dans les personnes les plus nécessiteuses.

Le fait de « demeurer » avec le Christ ne signifie pas s’isoler, mais c’est demeurer pour aller à la rencontre des autres. Il me vient à l’esprit quelques paroles de la bienheureuse Mère Teresa de Calcutta : « Nous devons être très fiers de notre vocation qui nous donne l’opportunité de servir le Christ dans les pauvres. C’est dans les ‘favellas’, dans les ‘cantegriles’, dans les ‘villas miseria’, que l’on doit aller chercher et servir le Christ. Nous devons aller chez eux comme le prêtre se rend à l’autel, avec joie » (Mother Instructions, I, p. 80). Voilà ce que disait la bienheureuse. Jésus, Bon Pasteur, est notre vrai trésor… S’il vous plaît, il ne faut pas l’exclure de notre vie, mais chercher à fixer toujours plus en lui notre cœur (cf. Lc 12, 34).

2. Appelés pour annoncer l’Évangile

Chers Évêques et prêtres, beaucoup d’entre vous, sinon tous, êtes venus pour accompagner vos jeunes à leurs Journées mondiales. Eux aussi ont entendu les paroles du mandat de Jésus : « Allez, de toutes les nations faites des disciples » (cf. Mt 28, 19). C’est notre engagement de les aider à faire brûler dans leur cœur le désir d’être des disciples missionnaires de Jésus. Certes, face à cette invitation beaucoup pourraient se sentir un peu effrayés, pensant qu’être missionnaire signifie laisser nécessairement son pays, sa famille et ses amis.

Dieu nous demande d’être missionnaires là où nous sommes, là où il nous a placés. Aidons les jeunes à comprendre qu’être missionnaire doit être la conséquence de notre baptême, que c’est un élément essentiel de ce qui fait de nous des chrétiens. Et nous devons aussi les aider à réaliser que le premier lieu où nous sommes appelés à être missionnaires, c’est notre propre maison, le lieu de nos études ou de notre travail, pour évangéliser notre famille et nos amis. Aidons les jeunes, ayons l’oreille attentive à leurs questions. Les jeunes ont besoin d’être écoutés quand ils rencontrent des difficultés. Bien sûr, ils ont des musiques différentes, des identités différentes… nous devons avoir la patience d’écouter, c’est ce que demande chaque cœur, dans la confession et la direction spirituelle. Nous devons savoir comment mieux passer du temps avec eux. Jésus nous demande d’être avec eux, les jeunes, et d’avoir cet effort pour les former.

N’économisons pas nos forces dans la formation des jeunes ! S’adressant à ses chrétiens, saint Paul utilise une belle expression, qu’il a fait devenir réalité dans sa vie: « Mes petits enfants, vous que j’enfante à nouveau dans la douleur jusqu’à ce que le Christ ait pris forme chez vous » (Ga 4, 19). Nous aussi faisons-la devenir réalité dans notre ministère ! Aidons nos jeunes à redécouvrir le courage et la joie de la foi, la joie d’être aimés personnellement de Dieu, qui a donné son Fils Jésus pour notre salut. Éduquons-les à la mission, à sortir, à partir. Jésus a fait ainsi avec ses disciples : il ne les a pas tenus attachés à lui comme une mère poule avec ses poussins ; il les a envoyés ! Nous ne pouvons pas rester enfermés dans la paroisse, dans nos communautés, dans nos institutions quand tant de personnes attendent l’Évangile ! Ce n’est pas simplement ouvrir la porte pour accueillir, mais c’est sortir par la porte pour chercher et rencontrer ! Encourageons les jeunes à sortir. Bien sûr, nous ne devons pas avoir peur de sortir. Poussons-les à sortir… Avec courage, pensons à la pastorale en partant de la périphérie, en partant de ceux qui sont les plus loin, de ceux qui d’habitude ne fréquentent pas la paroisse. Eux aussi sont invités à la table du Seigneur.

3. Appelés à promouvoir la culture de la rencontre

Malheureusement, dans beaucoup de milieux, s’est développée une culture de l’exclusion, une « culture du rebut ». Il n’y a de place ni pour l’ancien ni pour l’enfant non voulu ; il n’y a pas de temps pour s’arrêter avec ce pauvre au bord de la route. Parfois il semble que pour certains, les relations humaines soient régulées par deux « dogmes » modernes : efficacité et pragmatisme. Chers Évêques, prêtres, religieux, et vous aussi séminaristes qui vous préparez au ministère, ayez le courage d’aller à contrecourant de cette culture. Ayez ce courage ! Souvenez-vous… moi, c’est quelque chose qui me fait du bien et je le médite souvent… Prenez le Premier Livre des Maccabées : rappelez-vous quand il ont voulu suivre la culture de l’époque : « Non ! Laissez-nous manger comme tout le monde… La loi est bonne, bien sûr, mais elle n’est pas tout… » Petit à petit, ils ont abandonné la foi pour se fondre dans la culture de l’époque. Ayez le courage d’aller contre cette culture de l’efficacité, cette culture du rejet. La rencontre et l’accueil de tous, la solidarité… c’est un mot caché aujourd’hui, comme un gros mot… La solidarité et la fraternité sont les éléments qui rendent notre civilisation vraiment humaine.

Être serviteurs de la communion et de la culture de la rencontre ! Laissez-moi dire que nous devrions être presque obsessionnels en ce sens. Nous ne voulons pas être présomptueux, en imposant « nos vérités ». Ce qui nous guide c’est l’humble et heureuse certitude de celui qui a été trouvé, rejoint et transformé par la Vérité qui est le Christ et qui ne peut pas ne pas l’annoncer (cf. Lc 24, 13-35).

Chers frères et sœurs, nous sommes appelés par Dieu, chacun d’entre nous, appelés à annoncer l’Évangile et à promouvoir avec courage la culture de la rencontre. Que la Vierge Marie soit notre modèle ! Dans sa vie elle a été « le modèle de cet amour maternel dont doivent être animés tous ceux qui, associés à la mission apostolique de l’Église, travaillent à la régénération des hommes » (Conc. oecum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, n. 65). Demandons-lui de nous apprendre à rencontrer chaque jour Jésus… Et si nous avons beaucoup de choses à faire et que le temple reste délaissé, comme c’est notre mère, demandons-lui de nous prendre par la main. Arrêtons-nous. Demandons-lui de nous prendre par la main pour aller à la rencontre de nos frères et nos sœurs, à la rencontre des périphéries qui ont soif de Dieu mais qui n’ont personne pour le leur annoncer… Demandons-lui, non pas de nous ramener à la maison, mais de nous encourager à sortir de chez nous. C’est comme cela que nous serons des disciples du Seigneur… Que Dieu nous accorde cette grâce.

Dimanche 7 juillet 2013

HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS

Basilique vaticane

pape-francois

Chers frères et sœurs,

[…] Aujourd’hui la Parole de Dieu nous parle de la mission. D’où nait la mission ? La réponse est simple : elle nait d’un appel, l’appel du Seigneur ; et celui qui est appelé par Lui, l’est pour être envoyé. Quelle doit être la manière d’être de celui qui est envoyé ? Quels sont les points de repère de la mission chrétienne ? Les lectures que nous avons écoutées nous en suggèrent trois : la joie de la consolation, la croix et la prière.

1. Le premier élément : la joie de la consolation. Le prophète Isaïe s’adresse à un peuple qui a traversé la période sombre de l’exil, qui a subi une épreuve très dure ; mais maintenant est venu pour Jérusalem le temps de la consolation, la tristesse et la peur doivent céder la place à la joie : « Réjouissez-vous…exultez…soyez pleins d’allégresse »  dit le Prophète (66, 10). C’est une grande invitation à la joie. Pourquoi ? Quel est la raison de cette invitation à la joie ?  Parce que le Seigneur répandra sur la Cité sainte et ses habitants un « torrent » de consolations, un torrent de consolations – tout rempli de consolations‑, un torrent de tendresse maternelle : « Vous serez portés dans les bras et caressés sur les genoux. » (v. 12). Quand la maman prend son enfant sur les genoux et le caresse ; le Seigneur fera ainsi avec nous et le fait avec nous. C’est cela ce torrent de tendresse qui nous donne tant de consolations. « De même qu’une mère console son enfant, moi-même je vous consolerai » (v. 13). Tout chrétien, et nous-mêmes surtout, est appelé à porter ce message d’espérance qui donne sérénité et joie : la consolation de Dieu, sa tendresse envers tous. Mais nous ne pouvons pas en être porteur si nous n’expérimentons pas nous-mêmes en premier la joie d’être consolés par Lui, d’être aimés de Lui. Cela est important pour que notre mission soit féconde : vivre la consolation de Dieu et la transmettre ! J’ai rencontré quelquefois des personnes consacrées qui ont peur de la consolation de Dieu, et… les pauvres, ils se tourmentent, parce qu’ils ont peur de cette tendresse de Dieu. Mais n’ayez pas peur. N’ayez pas peur, le Seigneur est le Seigneur de la consolation, le Seigneur de la tendresse.

Le Seigneur est père et Lui, il dit qu’il fera avec nous comme une maman avec son enfant, avec sa tendresse. N’ayez pas peur de la consolation du Seigneur. L’invitation d’Isaïe doit résonner dans notre cœur : « Consolez, consolez mon peuple » (40, 1) et cela doit devenir une mission. Nous, il nous faut trouver le Seigneur qui nous console et aller consoler le Peuple de Dieu. Cela est la mission. Les gens aujourd’hui ont besoin, certainement, de paroles, mais ils ont besoin surtout que nous témoignions la miséricorde, la tendresse du Seigneur qui réchauffe le cœur, qui réveille l’espérance, qui attire vers le bien. La joie de porter la consolation de Dieu.

2. Le second point de repère de la mission est la croix du Christ. Saint Paul, écrivant aux galates, affirme : « pour moi, que la croix de Notre Seigneur Jésus-Christ reste mon seul orgueil » (6, 14). Il parle des « stigmates », c’est-à-dire des plaies de Jésus Crucifié, comme du signe, de la marque distinctive de son être d’Apôtre de l’Evangile. Dans son ministère, Paul a expérimenté la souffrance, la faiblesse et l’échec, mais aussi la joie et la consolation. C’est le mystère pascal de Jésus : mystère de mort et de résurrection. Et c’est parce qu’il s’est laissé configurer à la mort de Jésus que Paul à participé à sa résurrection, à sa victoire. À l’heure de l’obscurité, à l’heure de l’épreuve est déjà présente et agissante l’aube de la lumière et du salut. Le mystère pascal est le cœur palpitant de la mission de l’Eglise ! Et si nous demeurons dans ce mystère, nous sommes à l’abri, aussi bien d’une vision mondaine et triomphaliste de la mission, que du découragement qui peut naître devant les épreuves et les échecs.

La fécondité pastorale, la fécondité de l’annonce de l’Evangile n’est donnée ni par le succès, ni par l’insuccès évalués selon des critères humains, mais par la conformité avec la logique de la Croix de Jésus, qui est la logique du sortir de soi-même pour se donner, la logique de l’amour. C’est la Croix – toujours la Croix avec le Christ, parce que parfois on nous offre la croix sans le Christ : cela ne va pas ! – C’est la Croix, toujours la Croix avec le Christ qui assure la fécondité de notre mission. Et c’est de la Croix, acte suprême de miséricorde et d’amour, que l’on renaît comme « créature nouvelle » (Ga 6, 15).

3. Enfin, le troisième élément : la prière. Dans l’Evangile nous avons entendu : « priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson » (Lc 10, 2). Les ouvriers pour la moisson ne sont pas choisis par campagne publicitaire ou appel au service de la générosité, mais ils sont « choisis » et « envoyés » par Dieu. C’est Lui qui choisit, c’est Lui qui envoie, c’est Lui qui envoie, c’est Lui qui donne la mission. Pour cette raison, la prière est importante. L’Eglise, nous a répété Benoît XVI, n’est pas nôtre, mais elle est de Dieu ; et tant de fois, nous, les consacrés, nous pensons qu’elle est nôtre ! Nous faisons d’elle… quelque chose qui nous vient à l’esprit. Mais elle n’est pas nôtre, elle est de Dieu. Le champ à cultiver est le sien. En conséquence, la mission est essentiellement grâce. La mission est grâce. Et si l’apôtre est le fruit de la prière, il trouvera en elle la lumière et la force de son action. Notre mission, en effet, n’est plus féconde, ou plutôt s’éteint, au moment même où est interrompue la relation avec la source, avec le Seigneur.

Chers séminaristes, chers novices, chers jeunes en cheminement vocationnel. L’un de vous, un de vos formateurs, me disait l’autre jour : évangéliser, on fait à genoux « l’évangélisation se fait à genoux ». Soyez toujours des hommes et des femmes de prière. Sans un rapport constant avec Dieu la mission devient un métier. Mais quel travail fais-tu ? couturier, cuisinière, prêtre ; tu travailles comme prêtre, tu travailles comme sœur ? Non. Ce n’est pas un métier, c’est autre chose. Le risque de l’activisme, d’une trop grande confiance dans les structures, est toujours un piège. Si nous regardons Jésus, nous voyons qu’à la veille de chaque décision ou évènement important, il se recueillait dans une prière intense et prolongée. Cultivons la dimension contemplative, y compris dans le tourbillon des engagements les plus urgents et pesants. Et plus la mission vous appelle à aller vers les périphéries existentielles, plus votre cœur doit être uni à celui du Christ, plein de miséricorde et d’amour. Là se trouve le secret de la fécondité pastorale, de la fécondité d’un disciple du Seigneur !

Jésus envoie les siens sans « argent, ni sac, ni sandales » (Lc 10, 4). La diffusion de l’Evangile n’est assurée ni par le nombre de personnes, ni par le prestige de l’institution, ni par la quantité des ressources disponibles. Ce qui compte, c’est d’être imprégné de l’amour du Christ, se laisser conduire par le Saint Esprit et greffer sa propre vie sur l’arbre de vie, qui est la Croix du Seigneur.

Chers amis, avec grande confiance je vous confie à l’intercession de Marie Très Sainte. Elle est la Mère qui nous aide à prendre librement les décisions définitives, sans peur. Qu’Elle vous aide à témoigner de la joie de la consolation de Dieu, sans avoir peur de la joie ; qu’elle vous aide à vous conformer à la logique de l’amour de la Croix, à croître dans l’union toujours plus intime avec le Seigneur dans la prière. Ainsi votre vie sera riche et féconde !

Pape François

Dimanche 3 mars 2013

« Message de Benoît XVI »

Bulletin-info n.143

prev32

Chers frères et sœurs !

Comme l’apôtre Paul dans le texte biblique que nous avons écouté, moi aussi je sens dans mon cœur le devoir de remercier surtout Dieu, qui guide et fait grandir l’Église, qui sème sa Parole et ainsi alimente la foi de son Peuple. En ce moment, mon âme s’élargit et embrasse toute l’Église répandue dans le monde ; et je rends grâce à Dieu pour les «nouvelles» qu’en ces années de ministère pétrinien j’ai pu recevoir concernant la foi dans le Seigneur Jésus Christ, et la charité qui circule réellement dans le Corps de l’Église et le fait vivre dans l’amour, et dans l’espérance qui nous ouvre et nous oriente vers la vie en plénitude, vers la patrie du Ciel.

Je sens que je vous porte tous dans la prière, en un présent qui est celui de Dieu, où je rassemble chaque rencontre, chaque voyage, chaque visite pastorale. Je ramasse tout et tous dans la prière pour les confier au Seigneur : pour que nous ayons la pleine connaissance de sa volonté, en toute sagesse et intelligence spirituelle, et pour que nous puissions mener une vie digne de Lui, de son amour, en portant du fruit en toute œuvre bonne (cf. Col 1, 9-10).

En ce moment, il y a en moi une grande confiance, parce que je sais, nous savons tous, que la Parole de Vérité de l’Évangile est la force de l’Église, est sa vie. L’Évangile purifie et renouvelle, porte du fruit, partout où la communauté des croyants l’écoute et accueille la grâce de Dieu dans la vérité et dans la charité. Telle est ma confiance, telle est ma joie.

Quand, le 19 avril il y a presque 8 ans, j’ai accepté d’assumer le ministère pétrinien, j’ai eu la ferme certitude qui m’a toujours accompagné : cette certitude de la vie de l’Église par la Parole de Dieu. En ce moment, comme je l’ai déjà exprimé plusieurs fois, les paroles qui ont résonné dans mon cœur ont été : Seigneur, pourquoi me demandes-tu cela et que me demandes-tu ? C’est un poids grand celui que tu me poses sur les épaules, mais si tu me le demandes, sur ta parole, je jetterai les filets, sûr que tu me guideras, aussi avec toutes mes faiblesses. Et huit années après, je peux dire que le Seigneur m’a vraiment guidé, m’a été proche, j’ai pu percevoir quotidiennement sa présence. Cela a été un bout de chemin de l’Église qui a eu des moments de joie et de lumière, mais aussi des moments pas faciles ; je me suis senti comme saint Pierre avec les Apôtres dans la barque sur le lac de Galilée : le Seigneur nous a donné beaucoup de jours de soleil et de brise légère, jours où la pêche a été abondante ; il y a eu aussi des moments où les eaux étaient agitées et le vent contraire, comme dans toute l’histoire de l’Église, et le Seigneur semblait dormir. Mais j’ai toujours su que dans cette barque, il y a le Seigneur et j’ai toujours su que la barque de l’Église n’est pas la mienne, n’est pas la nôtre, mais est la sienne. Et le Seigneur ne la laisse pas couler ; c’est Lui qui la conduit, certainement aussi à travers les hommes qu’il a choisis, parce qu’il l’a voulu ainsi. Cela a été et est une certitude, que rien ne peut troubler. Et c’est pour cela qu’aujourd’hui mon cœur est plein de reconnaissance envers Dieu parce qu’il n’a jamais fait manquer à toute l’Église et aussi à moi sa consolation, sa lumière, son amour.

Lire la suite

Dimanche 24 février 2013

« La transfiguration et la vie. La « beauté » qui sauve »

Bulletin-info n.146

statues_05

 La transfiguration et la vie. La «Beauté» qui sauve.

« Le devoir missionnaire n’est pas de révolutionner le monde, mais de le transfigurer, puisant la force de Jésus-Christ qui ‘nous convoque à la table de sa parole et de l’eucharistie, pour apprécier le don de sa présence, nous former à son école et vivre toujours plus consciemment en union avec lui, Maître et Seigneur’ », a dit le pape lors de la Journée Missionnaire Mondiale de 2010.

Dans la spiritualité orientale, le Christ est qualifié de «Très Beau en beauté plus que tous les mortels ». Macaire le Grand commente ainsi la beauté transfigurante et libératrice du Ressuscité : «L’âme qui a été pleinement illuminée par la beauté indicible de la gloire lumineuse du visage du Christ, est remplie du Saint Esprit,… n’est qu’œil, que lumière, que visage. »

La profondeur de cette perspective nous ramène à un des aspects les plus significatifs de ce temps de Carême, celui de pénétrer dans le nouveau regard que la transfiguration de Jésus a signifié pour les trois amis qu’il a invités à monter avec Lui sur la montagne. Ce regard est le regard contemplatif qu’ils ont reçu par grâce. Le temps de Carême est un temps spécial pour éduquer le regard.

Ce regard contemplatif a donc besoin de  s’éduquer. Et il s’éduque sans doute en prenant le temps à travers l’œuvre artistique que l’éducation de l’émotion prépare le cœur pour la contemplation.  Art et transfiguration sont dans le magistère des derniers papes Jean Paul II et Benoît XVI, les deux pôles d’un binôme très fécond. Retenons quelques aspects.

Toute forme authentique d’art est, à sa manière, une voie d’accès à la réalité la plus profonde de l’homme et du monde. Comme telle, elle constitue une approche très valable de l’horizon de la foi, dans laquelle l’existence humaine trouve sa pleine interprétation. Voilà pourquoi la plénitude évangélique de la vérité ne pouvait ne pas susciter dès le commencement l’intérêt des artistes, sensibles par nature à toutes les manifestations de la beauté intime de la réalité.

Qu’est-ce qui peut redonner l’enthousiasme et la confiance, qu’est-ce qui peut encourager l’âme humaine à retrouver le chemin, à lever le regard vers l’horizon, à rêver d’une vie digne de sa vocation sinon la beauté? Chers artistes, vous savez bien que l’expérience du beau, du beau authentique, pas éphémère ni superficiel, n’est pas quelque chose d’accessoire ou de secondaire dans la recherche du sens et du bonheur, car cette expérience n’éloigne pas de la réalité, mais, au contraire, elle mène à une confrontation étroite avec le vécu quotidien, pour le libérer de l’obscurité et le transfigurer, pour le rendre lumineux, beau.

Pour cela il faut impérieusement dépasser le rapport purement technique à la réalité. Jean Paul II exposait un paradoxe : ‘l’image photographique malgré sa fidélité technique, a un moindre contact avec la personne représentée. Il le dit en comparaison  à la transfiguration typique de l’œuvre d’art. Dans le regard technique, on en reste à la surface des choses, à la matière. De l’autre, on atteint l’âme.  L’œuvre d’art est donc pour lui une transfiguration. Et il se demande : « Où est le progrès si le prix à payer est une perte d’âme ? Jésus avait déjà dit cela : « Quel profit aurait l’homme à gagner l’univers, s’il vient à ruiner son âme ? » ‘Mt 16,26). L’analyse de Jean Paul II est très pertinente, si l’on considère qu’il veut poser un discernement sur la vaste majorité des images déferlant en continu sur le monde. IL veut montrer comment le propre de l’artiste est de traduire l’âme. Et ces réflexions sont aussi pour nous une halte dans le chemin du Carême.

Il place la représentation artistique dans le registre de la transfiguration. La clé de la transfiguration est la pénétration d’un regard contemplatif sur la réalité. Ce regard contemplatif est représenté par la béatitude « Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu ». Que ce dimanche au cœur du Carême nous ramène à un accroissement contemplatif et par l’art à une transfiguration et par la contemplation renouvelée de la beauté de la Croix.                                                

Semaine Sainte en Avignon

P. Paco Esplugues

 

Dimanche 6 janvier 2013

« Des religions en défense de la famille »

Bulletin-info n.139 

dsc_09331

Le Grand Rabbin de France, Gilles Bernheim, dans un traité soigneusement documenté et profondément touchant, a montré que l’atteinte à l’authentique forme de la famille, constituée d’un père, d’une mère et d’un enfant – une atteinte à laquelle nous nous trouvons exposés aujourd’hui – parvient à une dimension encore plus profonde. Si jusqu’ici nous avons vu comme cause de la crise de la famille un malentendu sur l’essence de la liberté humaine, il devient clair maintenant qu’ici est en jeu la vision de l’être même, de ce que signifie en réalité le fait d’être une personne humaine. Il cite l’affirmation devenue célèbre, de Simone de Beauvoir : « On ne naît pas femme, on le devient ». Dans ces paroles se trouve le fondement de ce qui aujourd’hui, sous le mot « gender », est présenté comme une nouvelle philosophie de la sexualité. Le sexe, selon cette philosophie, n’est plus un donné d’origine de la nature, un donné que l’être humain doit accepter et remplir personnellement de sens, mais c’est un rôle social dont on décide de manière autonome, alors que jusqu’ici c’était à la société d’en décider. La profonde fausseté de cette théorie et de la révolution anthropologique qui y est sous-jacente, est évidente. L’être humain conteste d’avoir une nature préparée à l’avance de sa corporéité, qui caractérise son être de personne. Il nie sa nature et décide qu’elle ne lui est pas donnée comme un fait préparé à l’avance, mais que c’est lui-même qui se la crée. Selon le récit biblique de la création, il appartient à l’essence de la créature humaine d’avoir été créée par Dieu comme homme et comme femme. Cette dualité est essentielle pour le fait d’être une personne humaine, telle que Dieu l’a donnée. Justement, cette dualité comme donné de départ est contestée. Ce qui se lit dans le récit de la création n’est plus valable : « Homme et femme il les créa » (Gn 1, 27). Non, maintenant ce qui vaut c’est que ce n’est pas lui qui les a créés homme et femme, mais c’est la société qui l’a déterminé jusqu’ici et maintenant c’est nous-mêmes qui décidons de cela. Homme et femme n’existent plus comme réalité de la création, comme nature de l’être humain. Celui-ci conteste sa propre nature. Il est désormais seulement esprit et volonté. La manipulation de la nature, qu’aujourd’hui nous déplorons pour ce qui concerne l’environnement, devient ici le choix fondamental de l’homme à l’égard de lui-même. L’être humain désormais existe seulement dans l’abstrait, qui ensuite, de façon autonome, choisit pour soi quelque chose comme sa nature. L’homme et la femme sont contestés dans leur exigence qui provient de la création, étant des formes complémentaires de la personne humaine. Cependant, si la dualité d’homme et de femme n’existe pas comme donné de la création, alors la famille n’existe pas non plus comme réalité établie à l’avance par la création. Mais en ce cas aussi l’enfant a perdu la place qui lui revenait jusqu’à maintenant et la dignité particulière qui lui est propre. Bernheim montre comment, de sujet juridique indépendant en soi, il devient maintenant nécessairement un objet, auquel on a droit et que, comme objet d’un droit, on peut se procurer. Là où la liberté du faire devient la liberté de se faire soi-même, on parvient nécessairement à nier le Créateur lui-même, et enfin par- là, l’homme même – comme créature de Dieu, comme image de Dieu – est dégradé dans l’essence de son être. Dans la lutte pour la famille, l’être humain lui-même est en jeu. Et il devient évident que là où Dieu est nié, la dignité de l’être humain se dissout aussi. Celui qui défend Dieu, défend l’être humain !

prev30

Benoît XVI