Bulletin-info Avril 2014

« Hommage à deux Papes et à un Concile (I) »

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Cet article est le premier d’une série. En Avril, nous aurons la joie de vivre deux grandes canonisations par le Pape François : celle de Jean Paul II et de Jean XXIII. Cet événement ecclésial est une clé pour mieux comprendre l’esprit de l’action du Pape François qui a choisi de les canoniser ensemble.

Nous voudrions ici leur rendre hommage en pénétrant les questions transversales que ces deux papes ont vécu autour du Concile Vatican II. L’un en le convoquant, l’autre en l’habitant profondément afin de rendre l’Eglise pleinement consciente de son rôle dans et face à notre monde. Jean Paul II et Jean XXIII étaient habités par la question : « Comment les énergies de l’Evangile peuvent arroser les veines asséchées de notre monde ? » (Jean XXIII, dans Gaudet Mater Ecclesiae). Et tous deux nous mènent aujourd’hui, en fêtant la proclamation de leur sainteté, à nous laisser travailler par la même préoccupation. C’est justement en ne l’évitant pas mais en se laissant habiter par elle que nous pourrons découvrir réellement comment les énergies de l’Evangile arrosent abondamment nos vies. Car le cœur de la question est en fait : comment permettre à l’Esprit de Dieu de nous habiter plus profondément ?

Aujourd’hui, 50 ans après le Concile, nous avons peut être encore plus besoin qu’alors de revivre ce dynamisme. Peut être pas dans un aggiornamento superficiel, mais en se plaçant dans les axes existentiels que les deux papes ont fait leur. C’était aussi la question de Benoit XVI pendant son ministère pontifical et celui du Pape François tel qu’il l’a soulevé dans Evangelii Gaudium: « Laissons-nous arroser profondément par la joie de l’Evangile aujourd’hui ». Lorsque Karol Wojtyla a voulu appliquer le Concile en son diocèse de Cracovie, il a mis en point de mire la phrase que Paul VI avait lancée au discours d’ouverture de la 2ème session : « Église que dis-tu de toi-même ? » Cette question est posée par le monde à l’Eglise, de même que les disciples des pharisiens l’avaient posée à Jean Baptiste au commencement de sa mission. Le monde nous pose la question : qui sommes nous, nous les membres de l’Eglise ? Ou peut-être qu’elle ne nous est malheureusement pas assez posée. Mais il nous convient de nous questionner nous-mêmes, puisque c’est en se laissant interroger que la nouveauté de l’Evangile a la possibilité de nous inonder, et par là apparaître dans sa fraîcheur aux hommes d’aujourd’hui. Nous pouvons faire ce que Wojtyla invitait à faire aux chrétiens de son diocèse : se tourner personnellement vers le Christ, pour comprendre ce qu’Il dit de nous, en tant que communauté et en tant que personne.

Le Pape François nous invite aussi à opter pour cette attitude avec un de ses slogans les plus répétés : »Laissons se manifester l’imprévu de Dieu ». Ce renouvellement qui permet à la lumière du Christ de resplendir dans nos cœurs, est l’axe transversal de tout le Concile. Jean XXIII en avait vu toute l’importance au milieu de la guerre froide et de la crise des missiles. Jean-Paul II, tout au long de son ministère traversé par les épreuves, même lors de l’attentat, se laissait lui-même modeler par la question : que dis-tu de moi Seigneur ? Grâce à cette prière, il a brisé les logiques de mort que jour après jour menacent notre monde. Par ailleurs, le Concile suggérait que l’Eglise se tourne vers le Christ pour lui laisser dire ce que Lui voyait en elle. Il commence, dans tous ses documents, par placer l’Eglise comme sujet, et invite chaque chrétien à se placer dans le même dynamisme. Ne plus se regarder avec ses propres yeux, mais oser se placer sous le regard personnel de Dieu sur nous. L’axe de la christologie de Vatican II et la base de tout son renouvellement, était une phrase de Jésus, centre de toute sa spiritualité : « Père que dis-tu de moi ? ». Autrement dit : « Personne connaît qui est le Fils si ce n’est le Père ! » Mt 11,27. Jésus a dit cela alors qu’Il exultait de joie dans l’Esprit, et cette phrase a dévoilé l’attitude de fond de son action parmi les hommes. La perspective est alors d’apporter le vrai repos du cœur au monde. Ne pas se replier devant les problèmes du monde mais ouvrir les yeux à la merveille qui se cache sous les difficultés, permet de découvrir l’Amour même de Dieu agissant pleinement dans les cœurs.

Notons en effet, un petit corollaire très inconnu et qui est au centre du Concile : plus nous faisons nôtres les joies et angoisses des hommes, plus nous nous tournons vers le Christ pour découvrir ce qu’il voit, et plus nous nous émerveillons de la richesse inépuisable de Sa présence de pèlerin à nos côtés et qui amène plus loin dans la vraie paix ! Ce corollaire est le centre de toute la dynamique du Concile ! Et il est aujourd’hui plus profitable que jamais ! Le Concile exprime cela en plusieurs endroits mais plus spécialement, il le cristallise en Gaudium et Spes 22. Jean Paul II en a fait le centre de son ministère dans l’encyclique Redemptor Hominis : « En réalité, le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné. Adam, en effet, le premier homme, était la figure de celui qui devait venir, le Christ Seigneur. Nouvel Adam, le Christ, dans la révélation même du mystère du Père et de son amour, manifeste pleinement l’homme à lui-même et lui découvre la sublimité de sa vocation ».

Pour conclure, nous pouvons affirmer que l’identité n’est jamais une étiquette. Elle est une relation interpersonnelle et responsable car l’homme se manifeste dans son acte. Le Christ nous invite à en découvrir la pleine portée. Au fur et à mesure que nous nous plaçons dans le même horizon que lui, que nous cherchons à révéler aux hommes le mystère du Père et de son amour, nous goûtons notre propre identité. En cela résidait le génie de la spiritualité de Jean-Paul II. Il a eu les funérailles les plus grandes de l’histoire ; des milliers d’hommes même des ennemis en guerre sont venus l’honorer parce que dans l’échange avec lui, au cours de sa vie, ils se sont sentis traités avec un respect qui les aidait à découvrir leur véritable identité et dignité.

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P. Paco ESPLUGUES FERRERO

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