« Appelés par Dieu à promouvoir la culture de la rencontre »

Homélie du Pape François aux JMJ

Rio de Janeiro 27 août 2013

Chers frères dans le Christ !

En regardant cette cathédrale remplie d’Évêques, de prêtres, de séminaristes, de religieux et religieuses venus du monde entier, je pense aux paroles du Psaume de la messe d’aujourd’hui : « Que les peuples, Dieu, te rendent grâce » (Ps 66). Oui, nous sommes ici pour rendre grâce au Seigneur, et nous le faisons en réaffirmant notre volonté d’être ses instruments afin que non seulement quelques peuples rendent grâce à Dieu, mais tous. Avec la même parresia de Paul et Barnabé, annonçons l’Évangile à nos jeunes, pour qu’ils rencontrent le Christ, lumière pour la route, et deviennent constructeurs d’un monde plus fraternel. En ce sens, je voudrais réfléchir avec vous sur trois aspects de notre vocation : appelés par Dieu ; appelés pour annoncer l’Évangile ; appelés pour promouvoir la culture de la rencontre.

1. Appelés par Dieu

Je crois qu’il est important de raviver en nous cette réalité, que souvent nous tenons pour acquise au milieu de tant d’engagements quotidiens : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis », nous dit Jésus (Jn 15, 16). C’est retourner à la source de notre appel. Un prêtre, un évêque, un religieux , une religieuse ou un séminariste ne peut pas avoir perdu la mémoire et oublier la référence essentielle qui est au début de son chemin. Demandez la grâce de Dieu, demandez-là à la Vierge Marie qui avait une bonne mémoire : demandez la grâce de vous souvenir de votre premier appel. Au commencement de notre cheminement vocationnel il y a une élection divine. Nous avons été appelés par Dieu et appelés pour demeurer avec Jésus (cf. Mc 3, 14). En réalité, le fait de vivre dans le Christ marque tout ce que nous sommes et faisons. Et cette « vie en Christ » est précisément ce qui garantit notre efficacité apostolique, la fécondité de notre service : «  Je vous ai établis afin que vous partiez, que vous donniez du fruit, et que votre fruit demeure » (Jn 15, 16). Ce n’est pas la créativité pastorale, ce ne sont pas les réunions ou les planifications qui assurent les fruits tout cela nous aide, mais ce qui assure les fruits, c’est le fait d’être fidèles à Jésus, qui nous dit avec insistance : « Demeurez en moi, comme moi en vous » (Jn 15, 4). Et nous savons bien ce que cela signifie : le contempler, l’adorer et l’embrasser, en particulier à travers notre fidélité à la vie de prière, dans notre rencontre quotidienne avec lui présent dans l’Eucharistie et dans les personnes les plus nécessiteuses.

Le fait de « demeurer » avec le Christ ne signifie pas s’isoler, mais c’est demeurer pour aller à la rencontre des autres. Il me vient à l’esprit quelques paroles de la bienheureuse Mère Teresa de Calcutta : « Nous devons être très fiers de notre vocation qui nous donne l’opportunité de servir le Christ dans les pauvres. C’est dans les ‘favellas’, dans les ‘cantegriles’, dans les ‘villas miseria’, que l’on doit aller chercher et servir le Christ. Nous devons aller chez eux comme le prêtre se rend à l’autel, avec joie » (Mother Instructions, I, p. 80). Voilà ce que disait la bienheureuse. Jésus, Bon Pasteur, est notre vrai trésor… S’il vous plaît, il ne faut pas l’exclure de notre vie, mais chercher à fixer toujours plus en lui notre cœur (cf. Lc 12, 34).

2. Appelés pour annoncer l’Évangile

Chers Évêques et prêtres, beaucoup d’entre vous, sinon tous, êtes venus pour accompagner vos jeunes à leurs Journées mondiales. Eux aussi ont entendu les paroles du mandat de Jésus : « Allez, de toutes les nations faites des disciples » (cf. Mt 28, 19). C’est notre engagement de les aider à faire brûler dans leur cœur le désir d’être des disciples missionnaires de Jésus. Certes, face à cette invitation beaucoup pourraient se sentir un peu effrayés, pensant qu’être missionnaire signifie laisser nécessairement son pays, sa famille et ses amis.

Dieu nous demande d’être missionnaires là où nous sommes, là où il nous a placés. Aidons les jeunes à comprendre qu’être missionnaire doit être la conséquence de notre baptême, que c’est un élément essentiel de ce qui fait de nous des chrétiens. Et nous devons aussi les aider à réaliser que le premier lieu où nous sommes appelés à être missionnaires, c’est notre propre maison, le lieu de nos études ou de notre travail, pour évangéliser notre famille et nos amis. Aidons les jeunes, ayons l’oreille attentive à leurs questions. Les jeunes ont besoin d’être écoutés quand ils rencontrent des difficultés. Bien sûr, ils ont des musiques différentes, des identités différentes… nous devons avoir la patience d’écouter, c’est ce que demande chaque cœur, dans la confession et la direction spirituelle. Nous devons savoir comment mieux passer du temps avec eux. Jésus nous demande d’être avec eux, les jeunes, et d’avoir cet effort pour les former.

N’économisons pas nos forces dans la formation des jeunes ! S’adressant à ses chrétiens, saint Paul utilise une belle expression, qu’il a fait devenir réalité dans sa vie: « Mes petits enfants, vous que j’enfante à nouveau dans la douleur jusqu’à ce que le Christ ait pris forme chez vous » (Ga 4, 19). Nous aussi faisons-la devenir réalité dans notre ministère ! Aidons nos jeunes à redécouvrir le courage et la joie de la foi, la joie d’être aimés personnellement de Dieu, qui a donné son Fils Jésus pour notre salut. Éduquons-les à la mission, à sortir, à partir. Jésus a fait ainsi avec ses disciples : il ne les a pas tenus attachés à lui comme une mère poule avec ses poussins ; il les a envoyés ! Nous ne pouvons pas rester enfermés dans la paroisse, dans nos communautés, dans nos institutions quand tant de personnes attendent l’Évangile ! Ce n’est pas simplement ouvrir la porte pour accueillir, mais c’est sortir par la porte pour chercher et rencontrer ! Encourageons les jeunes à sortir. Bien sûr, nous ne devons pas avoir peur de sortir. Poussons-les à sortir… Avec courage, pensons à la pastorale en partant de la périphérie, en partant de ceux qui sont les plus loin, de ceux qui d’habitude ne fréquentent pas la paroisse. Eux aussi sont invités à la table du Seigneur.

3. Appelés à promouvoir la culture de la rencontre

Malheureusement, dans beaucoup de milieux, s’est développée une culture de l’exclusion, une « culture du rebut ». Il n’y a de place ni pour l’ancien ni pour l’enfant non voulu ; il n’y a pas de temps pour s’arrêter avec ce pauvre au bord de la route. Parfois il semble que pour certains, les relations humaines soient régulées par deux « dogmes » modernes : efficacité et pragmatisme. Chers Évêques, prêtres, religieux, et vous aussi séminaristes qui vous préparez au ministère, ayez le courage d’aller à contrecourant de cette culture. Ayez ce courage ! Souvenez-vous… moi, c’est quelque chose qui me fait du bien et je le médite souvent… Prenez le Premier Livre des Maccabées : rappelez-vous quand il ont voulu suivre la culture de l’époque : « Non ! Laissez-nous manger comme tout le monde… La loi est bonne, bien sûr, mais elle n’est pas tout… » Petit à petit, ils ont abandonné la foi pour se fondre dans la culture de l’époque. Ayez le courage d’aller contre cette culture de l’efficacité, cette culture du rejet. La rencontre et l’accueil de tous, la solidarité… c’est un mot caché aujourd’hui, comme un gros mot… La solidarité et la fraternité sont les éléments qui rendent notre civilisation vraiment humaine.

Être serviteurs de la communion et de la culture de la rencontre ! Laissez-moi dire que nous devrions être presque obsessionnels en ce sens. Nous ne voulons pas être présomptueux, en imposant « nos vérités ». Ce qui nous guide c’est l’humble et heureuse certitude de celui qui a été trouvé, rejoint et transformé par la Vérité qui est le Christ et qui ne peut pas ne pas l’annoncer (cf. Lc 24, 13-35).

Chers frères et sœurs, nous sommes appelés par Dieu, chacun d’entre nous, appelés à annoncer l’Évangile et à promouvoir avec courage la culture de la rencontre. Que la Vierge Marie soit notre modèle ! Dans sa vie elle a été « le modèle de cet amour maternel dont doivent être animés tous ceux qui, associés à la mission apostolique de l’Église, travaillent à la régénération des hommes » (Conc. oecum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, n. 65). Demandons-lui de nous apprendre à rencontrer chaque jour Jésus… Et si nous avons beaucoup de choses à faire et que le temple reste délaissé, comme c’est notre mère, demandons-lui de nous prendre par la main. Arrêtons-nous. Demandons-lui de nous prendre par la main pour aller à la rencontre de nos frères et nos sœurs, à la rencontre des périphéries qui ont soif de Dieu mais qui n’ont personne pour le leur annoncer… Demandons-lui, non pas de nous ramener à la maison, mais de nous encourager à sortir de chez nous. C’est comme cela que nous serons des disciples du Seigneur… Que Dieu nous accorde cette grâce.

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