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Rénovation du clocher de l’Eglise Saint Agricol

A la suite de la messe d’action de grâce célébrée dimanche dernier pour la rénovation du clocher de Saint Agricol, voici les discours du Père Paco à cette occasion,
 

A Madame le maire, à son adjointe, et à tous les membres de la mairie d’Avignon, présents ici aujourd’hui.

Si haut soit-il, le clocher de la Collégiale Saint Agricol n’est pas visible de ce parvis où nous avons la grande joie et l’honneur de vous accueillir pour fêter sa restauration et son rétablissement.

Un écrivain français du 16ème siècle de passage dans notre ville avait été agréablement surpris par la multitude et la variété des sons que se renvoyaient les clochers des nombreuses églises et chapelles et il qualifia Avignon de l’appellation gracieuse « d’isle sonnante ».

De clocher et de cloche, Avignon porte aussi en elle un très beau souvenir : par une bulle du 13 octobre 1318 le pape JEAN XXII autorisa la très populaire sonnerie de l’Angélus et c’est à Avignon qu’elle retenti pour la première fois dans le monde catholique au clocher de Notre Dame des Doms.

Le 8 avril 1897, Saint Agricol, antique église cathédrale d’Avignon, celle qui donna son nom au siège épiscopal, celle qui revendique légitimement le titre de première paroisse du diocèse, était rétablie dans sa dignité par le baptême de Létance, Rachel et Bourdon, trois cloches que de funestes événements avaient faits disparaître de son clocher et qui rejoignaient leur sœur Marthe.

Cent seize ans plus tard il est encore question de clochers non pas de ceux dont naissent les querelles éponymes mais de celui de notre église Saint Agricol qui se mit à bouger sous l’effet du balancement de ses cloches, provoquant des infiltrations d’eau dans sa structure et menaçait de tomber un jour en ruine sous l’usure des vibrations et du temps.

Le 14 mars de cette année, un voisin pourtant peu au fait des choses de l’Eglise et de la Foi m’interpella dans la rue tout attristé de me dire qu’il ne pourrait me pardonner de ne pas avoir fait sonner la veille les cloches de la joie pour l’élection du Pape François ; de plus il s’étonnait qu’un curé espagnol n’ait pas eu à cœur de faire chanter les cloches de son église pour fêter la venue d’un successeur de Pierre latino-américain. Je lui expliquais que la restauration du clocher serait finie sous peu et que jusque là les cloches se devaient de rester muettes : il fut profondément soulagé et de savoir que les travaux arrivaient à leur terme et que le curé espagnol n’était pas en froid avec le nouveau pape argentin !

Cette anecdote piochée dans une conversation en pleine rue montre l’importance que nos contemporains attachent à ces sons du ciel qui s’élancent à pleine volées, signe d’une terre qui dans ses habitants et ses institutions a soif de quelque chose qui porte la marque du pur et du vrai.

Depuis le début de notre ère jusqu à une époque récente, la cloche a été, en Occident, un instrument privilégié de « communication de masse » du fait de la portée étendue de sa « voix ». Les Romains l’utilisaient pour annoncer l’ouverture et la fermeture des marchés ou des bains. De plus les petites cloches étaient utilisées aussi pour annoncer l’arrivée d’un hôte à l entrée des maisons. L’usage s’en est donc répandu en Gaule au fur et à mesure de l’implantation des cités construites par les Romains. De même, le développement de la chrétienté au gré des déplacements des moines évangélisateurs a conduit à la multiplication des monastères, puis à la construction des « maisons d’église » dans les bourgs et villages, avec un besoin d’instrument sonore de convocation des fidèles. D’abord suspendue aux branches d arbre, la cloche trouve abri dans un édifice distinct qui progressivement sera intégré à l’édifice religieux proprement dit. Certains auteurs disent que les villages et leur église ont été implantés « à portée de cloche » de façon à transmettre des messages sonores de village en village.

De même, pour que la cloche puisse jouer pleinement son rôle de communication à distance, les clochers se sont élevés de plus en plus haut et les cloches ont été de plus en plus grosses. Enfin, dans les villes où les édifices religieux et civils étaient nombreux, on prenait soin de mettre en place des cloches de sonorités différentes pour que la population puisse distinguer aisément l’origine de la sonnerie et du « message » civil ou religieux.

Des messages parfois les plus étonnants: ainsi saviez vous que dans le Sud-Ouest de la France, une sonnerie spéciale tintait au clocher pour les enfants abandonnés jusqu’au moment où un parrain d’adoption se déclarait et le prenait chez lui !

Dans notre siècle envahi de technologie et d’outils informatiques, il est émouvant de constater que les cloches conservent une place dans la communication, un rôle au cœur des communes et des paroisses: qu’au delà de simplement scander les heures elles sont la manifestation des joies et des souffrances des femmes et des hommes dans le mariage ou le deuil.

Dépouillé de ses échafaudages le clocher religieux peut à nouveau regarder le clocher civil de l’Hôtel de Ville et sourire au jacquemart qui lui continue à sonner les heures sur Avignon avec le Jacques son soldat en cotte de maille et son épouse Jacote tendant le bras vers lui, une rose à la main. Cet échange de regards de nos clochers souligne le mérite des édiles de cette belle ville qui sans trahir l’esprit de laïcité qui préside à leur mission d’élus savent donner du cœur et de la beauté au édifices religieux et lieux de culte, offrant ainsi des espaces où la transcendance peut donner sens et espérance à nos vies quotidiennes.

Nos remerciements les plus chaleureux vont à vous Madame le Maire qui par une constante et sincère collaboration avez toujours montré combien vous étiez attentive aux besoins de cette Eglise Saint Agricol, et par là même à tous ceux qui l’occupent, la visitent, l’admirent, l’emportent en souvenir d’un des plus joyaux du gothique provençal.

A travers vous Madame le Maire nous souhaitons aussi remercier vos Services techniques et architectes, ouvriers ou compagnons qui ont donné de leur temps, de leur savoir et de leur goût du beau pour la réfection de ce clocher, sans oublier la collaboration active de l’Etat et la contribution des organismes qui y sont rattachés.

La programmation annoncée d’autres chantiers tenant d’abord à la mise en service d’alarmes de sécurité, permettant l’ouverture de l’église toute la journée et simplifiant grandement la tâche de sécurisation des lieux pour les bénévoles qui accueillent touristes , amateurs de beaux ou priants, est une grande joie ainsi que la perspective de la restauration du réseau électrique et de l’intérieur de l’église qui porte de plus en plus les signes des outrances du temps et d’une détérioration.

Puisant dans la pensée de Dostoïevski, le Pape émérite Benoit XVI écrivait : « L’humanité peut vivre sans la science, elle peut vivre sans pain, mais il n’y a que sans la beauté qu’elle ne pourrait plus vivre, car il n’y aurait plus rien à faire au monde. Tout le secret est là, toute l’histoire est là ».

En redonnant de solides assises et de la force au clocher de notre collégiale et en lui permettant de retrouver sa beauté originelle vous avez Madame le Maire, mesdames, messieurs contribué à cet effort de beauté si nécessaire à l’Homme et nous vous en remercions, une fois encore très sincèrement.

Et pour dernier mot : Merci à vous tous pour Letance, Rachel, Bourdon et la petite Marthe [nos 4 cloches] qui dans leur nouveau berceau de bois vont pouvoir à nouveau chanter à pleine voix.

Merci,paco

Saint Agricol – dimanche 23 juin 2013

Père Paco Esplugues, curé

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