Dimanche 25 novembre 2012

« Teilhard de Chardin. La Science et la Foi, rencontre improbable dans les tranchées entre 1914 et 1918″

Bulletin-info n.132

Teilhard

 L’un, Pierre Teilhard de Chardin, géologue, chercheur, paléontologue de renom (il se spécialisera et n’acquerra sa notoriété scientifique qu’un peu plus tard), mais aussi Père Jésuite, homme de science et   homme de foi, brancardier en 1914.

L’autre Max-Henri Begouën, codécouvreur avec ses deux frères du site préhistorique des « Bisons d’argiles » dans son Ariège natale la grotte des Trois frères), mais capitaine d’infanterie, en 1914, grièvement blessé par un éclat d’obus, et qui doute depuis l’époque de son baptême, il y a quelques temps ! De ces événements, et de cette rencontre improbable naîtra une amitié indéfectible, entretenue par une correspondance de trente-trois ans.

L’un, Pierre Teilhard de Chardin s’inscrivant dans une certaine tradition mais peut être aussi en avance sur son temps, cherchera  à développer une pensée originale, réconciliant, la raison, la science et la foi.

L’autre, Max-Henri Begouën ne doutera plus, et n’aura de cesse à partir de ce jour, que de faire rayonner la pensée, o combien féconde de cet ami et d’inscrire son action sur les traces de ce dernier, dans la tourmente de cette première moitié du vingtième siècle. Des tranchées de 1914, jusqu’aux États Unis d’Amérique ou il meurt en 1955 (à New York le jour de Pâques), Pierre Teilhard de Chardin, né en 1881 à Sarcenat en Auvergne, novice Jésuite à 18 ans, aura parcouru toute la planète, au cours d’une période traversée par deux guerres mondiales, entrecoupée d’innombrables conflits régionaux aux retentissements planétaires, mais qui  aura aussi profondément marqué la pensée scientifique moderne

Dix fois au moins l’Europe le vit partir pour la Chine, sa patrie forcée d’adoption. Dix fois il en revient. C’est ainsi qu’il traverse au moins cinq fois le Pacifique de la Chine à San Francisco, et autant de fois l’Atlantique, de New York à Paris ou en sens inverse.

En 1931, membre de la Croisière jaune, il s’enfonce avec elle au cœur de la Mongolie méridionale et dans le désert de Gobi.

Plus tard, il verra encore les Indes, la Birmanie, Java et, à la fin de sa vie, l’Afrique du Sud où le convoquent, en raison de sa compétence de géologue, attestée par plus de cent communications scientifiques, de grands savants, ses amis.

Sur les bateaux qui lui ouvrent les routes de la mer et du monde, on peut le voir lui-même, comme il le dit de Dieu, «penché sur le Miroir de la Terre pour y découvrir les traits de sa beauté ». (Œuvres de Teilhard, Seuil, VI, 57, cité par J Arnould dans son ouvrage Pierre Teilhard de Chardin).

De l’élaboration de la théorie du Big Bang, à la découverte de l’Atome, cette première moitié du vingtième siècle aura pourtant été à l’origine de découvertes scientifiques majeures engageant le devenir  même de l’humanité, et l’obligeant à se questionner sur son propre avenir, pour le meilleur comme pour le pire.

Teilhard de Chardin, transcendant le siècle, aura ainsi, jusqu’à la fin, cherché à concilier sa Foi de Père Jésuite et sa carrière scientifique de paléontologue mondialement reconnu, en devenant lui-même un Théologien aux intuitions fulgurantes, dont la reconnaissance ne sera cependant, que posthume

L’homme pour Teilhard, « est celui qui a franchi le Rubicon de la pensée, grâce au pas de la réflexion au pouvoir qu’il a de se replier sur soi, et de prendre possession de soi-même comme d’un objet doué de consistance. Non plus seulement connaître mais se connaître, non plus seulement savoir mais savoir que l’on  sait. »(1, 181).

Teilhard y voit un monde porteur de sens : « le monde porte en soi [doit porter en soi] les garanties d’un succès final dès lors qu’il admet en lui de la pensée. » (VI, 450, cité par J Arnould,  in Pierre Teilhard de Chardin).

Max Henri Begouen (décédé en 1981) baptisé et élevé dans la religion catholique, fait la connaissance du Père Teilhard de Chardin dans les tranchées, au cours du premier conflit mondial, alors que lui-même grièvement blessé  au milieu  des horreurs du conflit, en est venu à désespérer de l’humanité.

Il avait pourtant cru plusieurs années  auparavant conforter sa foi initiale par la découverte (avec ses deux frères), du site magdalénien des Bisons d’argiles, attestant de l’ancienneté des aspirations spirituelles chez l’homme.

Sa rencontre avec le Père Jésuite qui lui fait partager ses réflexions sur la nécessaire conciliation de la Science et de la Foi, va être à l’origine d’un véritable big bang sur le plan  spirituel.

Les différents évènements de sa vie s’articulent soudainement les uns aux autres, mystérieusement reliés entre eux par un fil invisible, et les théories évolutionnistes au caractère si désespérant, dont il était profondément imprégné depuis son enfance, s’illuminent et deviennent alors, porteuses de sens.

« Oui vous avez été pour moi un exemple, et par vous, j’ai pu résister à la tentation de mépriser les hommes pour pouvoir croire en l’Homme », dira-t-il au Père Teilhard, auquel le lie désormais, une solide amitié.

Il conclura beaucoup plus tard, à titre d’épitaphe, « ce que j’ai essayé de réaliser tout au long de ma vie professionnelle, l’a été sous l’influence du P. Teilhard. Je précise bien : sous l’influence et non sous la direction. Il n’a pris aucune part, ni directe ni indirecte, aux actes, aux décisions, non plus qu’aux méthodes. Il se tenait bien au-delà, et bien au-dessus ».  

Guillaume CHAMPY
Université d’Avignon
Pour Bulletin-Info St Agricol
 
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