Dimanche 2 Septembre 2012

« La mission… C’est quoi? Une paroisse des témoins » 

Bulletin-info n.121 

Le terme de « mission » est très équivoque dans l’usage que l’on en fait aujourd’hui dans l’Eglise. Souvent il est compris comme l’efficacité externe d’une cause et les adhésions qu’elle inspire. Cela donne des réflexions de l’ordre : « Groupe fermé ou ouvert aux autres ? », « Cohérence spirituelle perceptible de l’extérieur ? », « Pertinence du message qu’il suffirait à découvrir et qui serait comme la preuve du message pour ceux qui le reçoivent ? ». Le terme de mission recouvre diverses formes de mauvaise conscience, parce que les résultats ne sont jamais à la hauteur.  En fait souvent il y a une espèce d’arrière-pensée qui est aux antipodes du sens chrétien. On traite l’efficacité comme si –à la rigueur- il s’agissait d’une chose qu’on pouvait  s’approprier,  qu’on digère comme l’on veut, et qu’après nous allons porter aux autres !  Du coup on fait comme s’il dépendait de nous de susciter l’accueil et la conviction d’autrui,  comme si nous aurions le pouvoir de donner des preuves  convaincantes. On ignore que celui à qui on soumet la preuve l’évalue. Si la « mission » est comprise aussi par nous dans une mentalité d’évaluation humaine des résultats est exactement un poison mortel puisque on peut passer à côté de Celui qui « passe ».

La mission c’est le fait d’être envoyés comme le Père a envoyé le Fils (Jn 20,21). Le Règne de Dieu nous ne pouvons pas le construire, car il n’est pas dans les pouvoirs de l’homme de réaliser ce qui ne peut advenir que par l’action de Dieu lui-même. Pour que l’homme reconnaisse et accueille cette action, pour qu’il en bénéficie, il doit retourner son cœur. Plus exactement, il doit être retourné par Dieu. L’expérience de chacun est que l’homme n’arrive pas à se changer lui-même à s’ouvrir aux dons que Dieu lui fait. Il faut que Dieu lui-même lui ouvre les portes. Il faut que ce soit Dieu lui-même qui, par la puissance  de son amour, fasse sauter les verrous contre lesquels le désir et la volonté de l’homme s’acharnent en vain. Seul l’amour peut donner l’accès à l’amour.

La mission ce n’est pas d’abord celle qui nous est confiée, mais c’est le don que Dieu fait au monde de son Fils par amour. La mission c’est d’abord l’acte du Père qui donne le Fils, qui le livre entre les mains des hommes. Ce don de l’amour va jusqu’à l’extrême de la Passion, où Dieu se fait passif entre les mains des hommes. La mission c’est d’abord cela : l’envoi du Fils jusqu’à l’abîme infernal de l’homme, où l’homme est perdu, afin que l’homme soit rendu à la communion.  La mission se réalise dans l’offrande du Fils qui ne peut que rassembler les hommes qu’au prix de cet acte d’abandon enfanté par l’amour et qui enfante l’amour.

Enfanter l’amour dans le cœur des hommes incapables d’aimer vraiment ne consiste pas simplement à leur dire : «ohé, les amis, écoutez-moi ! J’ai une bonne nouvelle : la solution à tous vos problèmes. Aimez-vous, soyez gentils les uns avec les autres ». C’est plutôt porter sur soi le défi absurde du malheur. C’est accepter les blasphèmes. Quand dans son injustice insensée, l’homme dit : « Dieu n’existe pas. Il ne peut pas exister », c’est subir le défi du péché et de sa révolte sans entrer dans son jeu. C’est accepter de pardonner, alors que l’homme blessé en est incapable. C’est accepter que l’amour soit offert à celui qui refuse d’aimer. C’est, comme Jésus nous dit de le faire, d’aimer nos ennemis –aimer sans réciprocité, mais en faisant surgir la fécondité de l’amour. C’est aimer comme Dieu seul peut aimer, lui qui crée par amour, lui qui crée l’Amour.  Jamais l’amour de l’aimant n’a pu susciter l’amour de l’amante, que comme un écho. Pour enfanter nous devons recevoir « amoureusement ».

Rendre témoignage à Jésus Christ, c’est avoir part à l’acte du Christ et voir Dieu s’attester lui-même en nos vies (DV4). Nous sommes loin des systèmes idéologiques. Nous sommes loin des sondages et des plausibilités. Nous sommes loin des ajustages de la communication face à l’opinion. Nous sommes dans l’intime communion des disciples du Christ : ils reçoivent sur leurs épaules la charge écrasante du salut du monde, qui est en même temps la charge douce et légère de l’amour qui sauve (Luc 9,22-25 ; Mt 11,28-30). Cette logique qui est aux antipodes d’une mentalité « marchante » se nourrit dans l’eucharistie et l’adoration. Devant l’autel on découvre la lumière dans l’obscurité pour laisser se manifester Celui qui est vraie lumière. Celle qu’aucunes ténèbres passées ou actuelles peuvent vaincre !!! Dans la prière et l’écoute croyante de la Vérité on se laisse modeler comme une paroisse de témoins (GS 93). Voilà notre rentrée à « l’année de la foi » dans les « 50 anniversaires du Concile Vatican II ».

Aujourd’hui quand monseigneur Cattenoz nous confiera la charge pastorale de la paroisse Saint Agricol, toute notre paroisse accueillera le don de Dieu de ses mains. Nous reconnaitrons son ministère et ses décisions comme venant du Témoin Fidel et Véridique. Et nous nous apprêterons dans une écoute personnelle et communautaire de la Parole de Dieu  (sous la guide du Magistère de notre archevêque) à être envoyés comme une communauté de témoins. Que Marie « offrande qui est tout accueil », nous accompagne à « enfanter l’amour de Dieu » dans notre terre assoiffée ! Bonne année !

P. Paco Esplugues

 

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