Dimanche 6 juin 2010

 

« Eucharistie  et societé de consommation: fixer le regard »

Bulletin St Agricol-St Louis n. 35 

 

L’eucharistie est le cœur du christianisme. Jean de la Croix affirmera à la fin de sa poésie sur la Trinité, « Cette source vive, c’est dans le pain de vie que je la vois ». Mais il nous faut affiner le regard pour réaliser « ce qui se passe », « Celui qui passe », « que se passe-t-il en nous par son don ». Saint Augustin nous dira en une mémorable homélie sur l’eucharistie que nous devons « fixer le regard sur le repas qu’on nous prépare pour que nous en préparions à notre tour un comme le sien». Fixer le regard est le sens de la Fête-Dieu. En effet, depuis que le Seigneur a dit dans le Cénacle, « Faites ceci en mémoire de Moi », il est apparu un fleuve énorme de points de vue qui correspondent à ce « Ceci ». Bien sur, le plus évident est la répétition continue de l’eucharistie pendant des siècles pour nourrir la vie du Corps du Christ. Mais dans ce « Ceci » il y a davantage : il se cache une profondeur inouïe, de laquelle nous vivons tous et qui à la fois nous dépasse tous. Fixons le regard !

La célébration de la Cène du Seigneur  perpétue, dans le temps, le mystère de ce que Jésus a vécu, son sacrifice pascal. La transsubstantiation est un événement d’une portée impressionnante. Le pain et le vin se transforment réellement dans le Corps et le sang du Seigneur, et au même temps notre vie, pleine de désirs souvent déçus, se transforme en beaucoup plus que ce que nos évidences nous laissent percevoir. « Faites Ceci », est aussi le fait d’entrer librement dans ce mystère de transformation de nos vies. Nous mangeons pour devenir Celui que l’on mange (LG 26) Plus fort encore c’est de considérer le cœur du Seigneur quand il nous invite personnellement à le manger. C’est Lui qui se fait mon pain ! Percevoir le cœur de son sacrifice, implique fixer davantage le regard.

La société de consommation est toute fondée sur le mirage que  « consommer » est l’assouvissement de nos faims. Mais l’économie n’est pas fondée sur nos besoins sinon sur une réalité plus profonde encore, la faim de  « consommer ». Le mirage s’installe. Et la consommation en cascade ne rassasie jamais la faim. Un remède radical est l’offrande de l’eucharistie : « qui mange de ce pain n’aura plus jamais faim ». Comment se fait il que manger l’eucharistie toutes les semaines ne nous guérit pas du mirage de la consommation ? La clé vient de notre difficulté à percevoir le « Ceci ». C’est-à-dire, Celui qui se donne à manger, Lui-même, le fait d’une façon « existentielle », « prenez de moi ce dont vous avez besoin, pour devenir cet Amour ». Seulement « en moi » vous pouvez vivre ! Mangez cet amour qui transforme les limites et les contraintes de nos amours en tremplin ! Au cœur de l’eucharistie il se donne à manger, et quand « nous préparons  un repas semblable », c’est-à-dire quand nous nous disposons à aimer comme Lui nous aime, alors les soifs ne s’en vont pas mais sont totalement transformées. Ce n’est pas en donnant sinon en se donnant que le « Ceci » prend tout sons sens. Se donnant à Lui. Se donnant « en Lui » à nos frères. Devenant "un seul corps" et comme dit saint Paul, en devenant "un seul pain". Est-ce que nos vies ont-elles la saveur de l’Amour divin ? Fixons le regard !                                                                 

Paco Esplugues

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