Dimanche 7 mars 2010

« Carême, l’école d’apprentissage de l’amour »

Bulletin St Agricol-St Louis n. 24

 

Le temps de l’Exode, dans l’Ancien Testament, est un temps d’apprentissage vital. Israël a appris peu à peu à faire confiance à son Dieu. Il a réalisé que Dieu n’était pas absent de ses épreuves, qu’il voyait ses souffrances et qu’il est descendu pour l’accompagner dans ce long chemin. C’est ainsi qu’Israël a appris l’amour de Dieu pour lui (peut-on d’ailleurs l’apprendre autrement que par une relation de confiance dans laquelle on découvre, dans son propre cœur, que le cœur de l’autre est totalement dévoué à soi ?).

Plus tard, Dieu dit à son peuple : «Je me rappelle l’affection de ta jeunesse, l’amour de tes fiançailles, alors que tu marchais derrière moi au désert, dans une terre qui n’est pas ensemencée» (Jr 2,1-3). Le Seigneur révèle la folie de son Amour dans son alliance, et prépare son peuple pour pouvoir  reconnaître que c’est dans la chasteté la plus grande qu’il se donne. Si je t’amène au désert c’est pour que tu apprennes « que c’est moi qui te donne l’huile, le blé et le vin », c’est moi, et non tes petites idoles ! (cf. Os 2, 21).

 L’Exode, revisité une fois encore, est l’école de l’apprentissage de l’amour et de la promesse du mariage le plus étroit entre Dieu et son peuple. Baiser d’amour qui, dans le Cantique des Cantiques, s’exprime en toute clarté: « Qu’il me baise des baisers de sa bouche. Tes amours sont plus délicieuses que le vin » (cf. Ct 1, 2-4). Sainte Thérèse d’Avila a entendu ce texte dans les deux sens : celui de Dieu-Epoux qui a soif des baisers de l’épouse, et celui de l’épouse qui a soif des baisers de l’Epoux… « Il s’agit de l’amour plus fort que la mort, l’amour que les grandes eaux ne peuvent pas anéantir ».

De fait, l’Incarnation est l’expression de ce baiser d’amour de Dieu. Le Christ dans sa vie s’est toujours présenté comme l’Epoux, et son amour arrive à la plénitude dans sa Pâque (cf. Jn 13,1-2). Un amour qui se consomme sur la Croix, un amour tellement silencieux et chaste, que seulement des cœurs profondément éveillés peuvent le reconnaitre et l’accueillir, des cœurs comme celui de Marie de Béthanie.

Marie au pied de la Croix, au sommet de la passion de son Fils, a dépassé toutes les appréhensions humaines, elle est traversée par l’amour chaste de son Fils, et elle est devenue une seule chose avec Lui. En Marie, l’amour jusqu’au bout de notre Dieu a trouvé quelqu’un capable de l’accueillir pleinement. Elle a reçu pleinement le don de son Fils, et elle s’est unie à Lui dans une communion totale, pour aimer de son Amour tous les hommes, qui sont désormais ses fils.

Le Carême est justement une conversion à cet amour. D’abord, pour apprendre à reconnaître l’amour chaste, silencieux et total de Dieu, qui sans faire du bruit, porte nos vies, puisqu’Il est plus intime à nous que nous-mêmes. Ensuite, pour apprendre à accueillir le merveilleux échange de cet amour, qui prend sur Lui toutes nos lèpres, pour nous redonner sa chair totalement transformée. L’objectif du Carême est, de fait, la pleine transformation de notre affectivité. La lettre aux Philippiens est une école impressionnante pour cela. Saint Paul invite les chrétiens à entrer dans la science de l’amour, celle du cœur du Christ. Au cœur de cette lettre, il fait référence au passage nécessaire de nous au Christ, de nos sentiments au siens. Nous ne pouvons participer à la plénitude de l’Amour qu’en faisant comme saint Paul : « je cours, pour tâcher de saisir, le Christ, puisque moi aussi j’ai été saisi par Lui » (Ph  3, 12). Le Christ a pris notre chair et Il veut, en nous, continuer à aimer tous les hommes de son même amour.

Il nous est donné de pouvoir vivre dans nos histoires ce que Marie a inauguré au pied de la Croix. La communion n’est plus un désir moral que l’on regarde de loin, elle est le don qui transforme nos vies, et qui fait que la joie complète touche notre terre. Cela ne dépend pas du fait que les autres nous aiment ou non. Même leur mépris peut devenir un lieu éclatant de la présence du Christ !

L’amour chaste de Dieu pourra-t-il toucher Avignon en ces Pâques ? 

Père Paco Esplugues

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