Dimanche 21 fevrier 2010

 

A L’AUMÔNERIE DE L’HÔPITAL

Source : Bulletin St. Agricol-St. Louis no 22

 

 

L’aumônerie du centre hospitalier Henri Duffaut est une aumônerie chrétienne (catholique, protestante et orthodoxe) qui propose un accompagnement et un soutien pour les personnes hospitalisées et leurs familles. C’est un espace d’écoute et de dialogue qui peut, suivant les rencontres et la demande, se traduire par une simple présence, une visite d’amitié, un partage de prière, un accompagnement spirituel avec proposition de sacrement.

   Entrer dans une chambre d’hôpital, être confronté à la souffrance physique et/ou morale et parfois à une mort proche, n’est jamais anodin. On ne peut pas faire l’économie de notre propre confrontation à nos peurs, à notre souffrance, à notre mort. Le faire au cœur d’une équipe où l’on peut échanger, se confier, se former me semble indispensable. La disponibilité de Sandrine, responsable du service Aumônerie, est alors précieuse. Je me suis également vite rendu compte qu’aller visiter des malades à l’hôpital sans passer par la case prière rendait ces visites plus difficiles. En effet la tentation de l’ego de passer devant (avant) le Seigneur est toujours présente même devant un malade.  

Entrer dans une chambre d’hôpital, c’est aussi vivre la chaleur des rencontres, avec le sentiment que l’on est dans la vérité avec le malade et avec chaque personne de sa famille. Devant la souffrance ou près de la mort on fait moins semblant. Chaque visite est différente, rien n’est systématique. J’ai été marqué par la persévérance et la fidélité dans la prière de certains musulmans dans leur lit d’hôpital, par un catholique converti au bouddhisme et qui continuait à prier Marie, par le sourire d’un vieux monsieur catholique convaincu me disant : « là il ne reste plus que l’amour… »    

Beaucoup de rencontres se font avec des gens qui me disent : « Je suis baptisé mais je pratique plus depuis ma confirmation… je suis baptisé mais je ne crois plus parce que… »  De nombreuses raisons sont énumérées, souffrance, église, divorce, perte d’un être cher…Mais quand on peut continuer l’échange il apparaît souvent un Dieu auquel moi non plus je ne crois pas (peut-on y croire longtemps ?)  C’est-à-dire un Dieu qui est plutôt un vieux monsieur barbu et tout puissant qui regarde par-dessous les nuages  si je dépasse la ligne jaune pour me donner un bon point ou une punition. S’expriment également beaucoup de fausses idées sur le soi-disant rejet de l’église envers ceux qui ne sont pas « dans les règlements », divorcés, homosexuels…Combien est nécessaire alors un travail d’information et de clarification. Parfois je peux témoigner qu’après avoir été très longtemps incroyant dans le Dieu « de justice » (justice à la mode humaine) j’ai rencontré un Dieu qui n’est que miséricorde, amour et gratuité, un Dieu présent au plus intime et dont le seul désir est de m’accompagner, de me rendre libre, un Dieu qui nous prend où nous sommes, quelle que soit notre spiritualité ou notre « cabossage » par la vie. Il y a juste une chose à faire : lui dire  « oui » ; si nous disons « non » il ne peut rien faire. car n’étant qu’amour il ne peut que respecter notre « liberté ». Il est primordial d’essayer d’effacer un Dieu de la crainte, en faisant découvrir le Dieu de l’amour car la maladie peut-être ressentie (surtout chez les personnes âgées) comme une punition divine.

   Deux phrases reviennent assez souvent, surtout chez les personnes âgées : « De toute façon c’est trop tard… » et /ou « je ne sers plus à rien… ». En dilatant  un peu les oreilles …et le cœur, on peut entendre comme un appel au secours. Il m’arrive alors de raconter une petite histoire tirée d’un midrash rabbinique : «pourquoi Abraham a-t-il eu son fils à 100 ans (Ge21, 7), réponse : pour montrer que ce n’est jamais trop tard….  »

Il est important de leur dire combien leur souffrance, leur immobilisation, tout ce temps dont ils disposent, cette inutilité ressentie peuvent être rendus féconds et mis en valeur par la prière. Je m’inspire d’un passage d’un document du conseil pontifical pour les laïcs « Dignité et mission des personnes âgées dans l’Eglise et dans le monde » : « La prière est la voie royale de la compréhension de la vie selon l’esprit, propre aux personnes âgées. La prière est un service, c’est un ministère que les personnes âgées peuvent accomplir pour le bien de toute l’Eglise et du monde. Même les vieux les plus malades ou ceux qui sont contraints à l’immobilité peuvent prier. La prière est leur force, la prière est leur vie. A travers la prière, ils participent aux douleurs et aux joies des autres; ils peuvent rompre le cercle de l’isolement, sortir de leur condition d’impuissance. Le discours sur la prière est un discours central qui touche également la façon dont une personne âgée peut devenir contemplative. Un vieil homme ou une vieille femme réduit à la dernière extrémité, sur son lit, devient comme une sorte de moine, d’ermite et, par sa prière, peut englober le monde entier. Il semble impossible qu’une personne ayant vécu toute sa vie d’une manière très active puisse devenir contemplative. Et pourtant, il y a des moments de la vie où des ouvertures se produisent au profit de toute la communauté humaine. Or, la prière est l’ouverture par excellence, car « il n’y a pas de renouveau, même social, qui ne parte de la contemplation. La rencontre avec Dieu dans la prière introduit dans les méandres de l’histoire une force […] qui touche les cœurs, les conduit à la conversion et au renouveau, et par cela elle devient alors une puissante force historique de transformation des structures sociales ». Mon lit un monastère ! Quel message d’espérance.

Quand un dialogue a pu s’instaurer, de nombreuses questions surgissent aussi bien d’un croyant que d’un « athée ». Comme il est difficile, de répondre clairement à des questions d’apparence toute simple (une parmi d’autre venant d’un « athée » : mais si je me convertis maintenant à votre religion qui je prie : le Père, le Fils ou le Saint esprit ?). Au début des cours de théologie, donnés par le père Paco au cœur de la communauté FMDD, je me posais (et je posais) souvent la question : « Mais pourquoi suivre ces cours, pourquoi apprendre ? Le seigneur ne me communique-t-il pas dans la prière et l’adoration ce qu’il m’est nécessaire et suffisant- de connaître ? » Surtout je sentais aussi très fort le risque de faire de la théologie comme n’importe quelle science et qu’ainsi une sorte de détachement pouvait se créer dans le cœur avec Sa présence. Apprendre pour savoir, savoir pour dire, savoir pour dominer l’autre qui ne sait pas ! Oh bien sûr cela n’apparaît pas toujours clairement mais l’ego est bien toujours là, le maître de l’orgueil se sert même de mes cours de théologie pour tordre les aiguilles. Heureusement la méthodologie « Paquienne » est telle qu’elle ne favorise en rien ce penchant…si humain. La réalité des visites à l’hôpital m’a très vite montré la nécessité d’une telle formation. Entre savoir avec le cœur et la possibilité de répondre clairement à de multiples questions sur notre foi et notre religion, il y a un grand fossé qu’une formation théologique vient réduire. Cependant il restera toujours à décoder la vraie demande derrière la question, parfois, c’est un appel au secours.

Une autre joie de ces visites est de pouvoir proposer, aux catholiques, l’eucharistie et/ou le sacrement des malades. Je me souviens de la joie d’une vielle dame aveugle et parlant tout doucement, quand à sa demande très anxieuse du sacrement des malades, je lui ai répondu qu’un prêtre allait venir (et il était là 1h après). J’ai revue plusieurs fois cette dame et l’on sentait chez elle -et elle le disait- la joie d’être  « réconciliée ».

Je finis ce petit article par un extrait de Dignité et mission des personnes âgées dans l’Eglise et dans le monde  :« L’attention aux plus faibles, aux souffrants, à ceux qui ne sont pas autonomes, est un devoir de l’Eglise et une preuve de l’authenticité de sa maternité. Toute une série de soins et de services devront donc être offerts pour que les personnes âgées ne se sentent pas inutiles ou un poids, et pour qu’elles vivent leur souffrance comme une possibilité de rencontre avec le mystère de Dieu et de l’homme. S’opposer à la tendance qui consiste à laisser les mourants seuls, sans assistance religieuse et sans réconfort humain. Ce devoir ne revient pas seulement aux aumôniers, dont le rôle est fondamental, mais aussi aux membres de la famille et à la communauté d’appartenance ».

L’aumônerie de l’hôpital accueille tous les volontaires désireux de se lancer dans les visites de malades. Une formation est assurée.

Jean-François KOPP

St. Agricol-St Louis

 

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