A l’écoute de notre évêque

Le carême est une sorte de cure de désintoxication

Eglise d’Avignon n°47 – Mars 2009

Mgr Jean-Pierre Cattenoz

 

En ces premiers jours du carême, revenons au Jourdain, Jésus arrive, Il prend place au milieu des pécheurs pour faire corps avec eux. Il porte dans son cœur un grand désir, celui-là même qui l’a conduit à venir partager notre aventure humaine : nous permettre de retrouver le chemin du cœur de Dieu. Les mots d’Isaïe montent sur ses lèvres : "Il a pris sur lui nos infirmités, il s’est chargé de nos maladies". Il fait corps aussi avec l’amour de miséricorde qui habite le cœur du Père : bouleversé de voir les hommes refuser son projet divin, son amour de création est devenu amour de miséricorde et il a tant aimé le monde qu’il lui a donné son Fils. Il sera l’agneau immolé qui portera le péché du monde. Blessé, il continuera d’aimer et de son cœur transpercé jailliront les sources de la vie, les sources de l’Amour.

Au moment même où il remonte de l’eau, Jésus voit les cieux se déchirer, Il voit l’Esprit descendre et demeurer sur lui. Plus rien ne sera comme avant, l’Esprit qui planait sur le tohu-bohu à l’aube de la Création est de nouveau donné au monde pour mettre en oeuvre le renouvellement de la Création. Il en sera le maître d’œuvre pour bâtir le Corps du Christ, l’Église qui, au dire de saint Épiphane, demeure la fin du projet créateur. Enfin, le Père se fait entendre pour nous dire : "Celui-ci est mon Fils Bien-Aimé en qui j’ai mis tout mon amour". Jésus vient de vivre une véritable investiture messianique, désormais il peut partir "porter la bonne nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer en liberté les opprimés et proclamer une année de grâce du Seigneur".

Pourtant, au lieu de commencer sa mission, il obéit à une motion de l’Esprit Saint et se retire dans le désert où il demeure pendant quarante jours, jeûnant, priant, vivant une lutte violente avec Satan. Tout cela dans la solitude et le silence. Au terme de cet exode au désert, saint Marc nous dit : "Il était avec les bêtes sauvages et les anges le servaient". Le nouvel Adam est là, entouré de toute la création matérielle symbolisée par la présence des bêtes sauvages et de toute la création spirituelle symbolisée par la présence des anges qui le servent. Alors, il peut commencer sa mission.

Tout au long de l’histoire, des hommes et des femmes ont choisi d’imiter Jésus et de se retirer pour vivre dans le désert. En orient, ils se retiraient dans les déserts d’Egypte ou de Palestine; en occident, où il n’existait pas de déserts, ils se retiraient dans des lieux isolés, des montagnes ou des vallées à l’écart du monde à l’image de saint Gens se retirant dans les monts du Vaucluse.

Mais l’invitation à suivre Jésus dans un temps de désert signifie faire un peu de vide et de silence autour de nous, retrouver le chemin de notre cœur, nous soustraire au vacarme et aux sollicitations extérieures, pour entrer en contact avec Celui qui est venu faire sa demeure au plus profond de notre être.

Le carême est ce temps privilégié pour vivre un temps de désert, une sorte de cure de désintoxication. La pollution provoquée par certaines de nos usines n’est pas, en effet, la seule pollution qui existe. Il existe bien d’autres pollutions liées à tous les esclavages dans lesquels nous enferme le monde matérialiste et technique. Nous sommes tous un peu étourdis par le bruit du monde qui nous entoure. L’homme est capable d’envoyer ses sondes jusqu’à la périphérie du système solaire mais il ignore le plus souvent ce qu’il y a dans son propre cœur.

Comment vivre ce carême ? Etant donné que nous ne pouvons pas aller au désert, nous devons faire un peu de désert au-dedans de nous. Saint François d’Assise nous fait à cet égard, une suggestion pratique. "Nous avons, disait-il, un ermitage toujours avec nous, où que nous allions, et chaque fois que nous le souhaitons nous pouvons nous y enfermer comme des ermites. L’ermitage est notre corps et l’âme est l’ermite qui y habite !". Nous pouvons entrer dans cet ermitage "portable" sans attirer l’attention de quiconque, même dans un bus bondé. Le tout est de savoir de temps à autre "rentrer en nous-mêmes".

Que l’Esprit qui "conduisit Jésus au désert", nous y conduise également, nous assiste dans le combat contre le mal et nous prépare à célébrer Pâques, avec un esprit renouvelé ! 

Repris par Eucharistie-Miséricorde

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