Famille deviens ce que tu es !

    LA FAMILLE, ÉDUCATRICE AUX VALEURS HUMAINES ET CHRÉTIENNES

S.E. le Cardinal Marc Ouellet

Mercredi 14 janvier 2009

 

 

 

Introduction : Un bouleversement des valeurs aux vastes proportions

Le mariage et la famille sont devenus à notre époque un champ de bataille culturel dans les sociétés sécularisées où une vision du monde sans Dieu tente de supplanter l’héritage judéo-chrétien. Depuis quelques décennies, les valeurs du mariage et de la famille ont subi des assauts répétés qui ont causé de graves dommages au plan humain, social et religieux. À la fragilité croissante des couples se sont ajouté de graves problèmes d’éducation liés à la perte des modèles parentaux et à l’influence de courants de pensée qui rejettent les fondements mêmes de l’institution familiale. Le bouleversement des valeurs atteint l’identité même de l’être humain, au-delà de sa fidélité à un ordre moral. Il règne désormais une confusion anthropologique subtilement entretenue par un langage ambigu qui impose à la pensée chrétienne un travail de décodage et de discernement. La crise que traverse l’humanité actuelle se révèle comme étant d’ordre anthropologique et non plus seulement d’ordre moral ou spirituel.

En Occident, par exemple, les philosophies du constructivisme et du genre (gender theory) dénaturent la réalité du mariage et de la famille en refondant la notion du couple humain à partir des désirs subjectifs de l’individu, rendant pratiquement insignifiante la différence sexuelle, au point de traiter équivalemment l’union hétérosexuelle et les rapports homosexuels. Selon cette théorie, la différence sexuelle inscrite dans la réalité biologique de l’homme et de la femme n’influe pas de façon signifiante sur l’identité sexuelle des individus car celle-ci est le résultat d’une orientation subjective et d’une construction sociale. L’identité sexuelle des individus ne serait pas un donné objectif inscrit dans le fait de naître homme ou femme mais plutôt une donnée psycho-sociale construite à même les influences culturelles subies ou choisies par les individus.

Sous la pression de ces idéologies parfois ouvertement antichrétiennes, certains États procèdent à des législations qui redéfinissent le sens du mariage, de la procréation, de la filiation et de la famille, sans égard pour les réalités anthropologiques fondamentales qui structurent les rapports humains. Plusieurs organisations internationales participent à ce mouvement de déconstruction du mariage et de famille au profit de certains groupes de pression bien organisés qui poursuivent leurs propres intérêts au détriment du bien commun. Bref, un bouleversement des valeurs aux vastes proportions touche l’amour humain, la vie, la famille et la place de la religion dans la société.

L’Église catholique critique fortement ces courants culturels qui obtiennent trop facilement l’appui des moyens modernes de communication. Grâce à la clairvoyance des papes contemporains, l’Église réaffirme les valeurs traditionnelles du mariage et de la famille dans la ligne novatrice du Concile Vatican II. À la suite du synode romain de 1980 sur la famille, l’Exhortation apostolique Familiaris Consortio propose une grande charte de la famille fondée sur la création de l’homme à l’image de Dieu et sur le sacrement du mariage. Cette grande charte pastorale culmine par un appel du pape Jean Paul II : « Famille deviens ce que tu es !» : une communauté de vie et d’amour, une école de communion, une Église domestique.

Cet appel reste plus que jamais actuel 29 ans plus tard, et nous replace devant la mission essentielle de la famille : « l’essence de la famille et ses devoirs sont définis par l’amour, écrit le pape. C’est pourquoi la famille reçoit la mission de garder, de révéler et de communiquer l’amour, reflet vivant et participation réelle de l’amour de Dieu pour l’humanité et de l’amour du Christ Seigneur pour l’Église son Épouse » (FC17). Cette déclaration solennelle de Jean Paul Il introduit la troisième partie de ce document qui prolonge la ligne rénovatrice de la Constitution pastorale Gaudium et Spes. Celle-ci définit le mariage comme une union personnelle dans laquelle les époux se donnent et se reçoivent réciproquement (GS 48). En définissant l’essence de la famille et sa mission par l’amour et non pas d’abord par la procréation, le pape ne fait pas une concession douteuse à la mentalité contemporaine. Il prétend rejoindre "les racines mêmes de la réalité" (FC 17), il affirme la continuité interne entre l’amour personnel des époux et la transmission de la vie. Sa prise de position marque une étape importante vers une refonte personnaliste de la doctrine chrétienne du mariage et de la famille. Elle place les trois valeurs traditionnelles du mariage, la procréation, l’amour fidèle et la signification sacramentelle, dans l’axe de l’amour conjugal fécond et non plus dans celui de la procréation comme finalité distincte. Il me semble important de prolonger ce développement doctrinal en creusant davantage la dimension christologique et sacramentelle du mariage afin de relancer la mission éducative de la famille chrétienne à partir des valeurs du sacrement encore à découvrir et des valeurs de l’amour conjugal établies dès l’origine de la création mais qui sont à redécouvrir à la lumière du Christ et face au grand défi contemporain.

 

I- Valeurs à découvrir

Disons tout d’abord, d’une façon générale, que les circonstances actuelles évoquées plus haut poussent la famille chrétienne à une prise de conscience fondamentale : Seule la rencontre personnelle et authentique du Christ Rédempteur peut lui permettre de relever le défi de l’éducation à la vie chrétienne et aux valeurs humaines qui s’y rattachent. Au tout début du troisième millénaire, le Pape Jean Paul II a exhorté l’Église à repartir du Christ, Tête et Époux de l’Église  (Jean Paul II, Exhortation apostolique Novo Millennio ineunte). Repartir du Christ comme fondement d’un élan renouvelé vers la sainteté pour tous dans chaque état de vie. Cet appel concerne au premier chef les époux qui cherchent à répondre à leur vocation de baptisés mariés au sein d’une famille. Ils ont besoin pour y parvenir d’une spiritualité personnelle et ecclésiale appropriée qui va au-delà de la présentation traditionnelle des valeurs du mariage et de la famille, à prédominance morale et juridique.

Repartir du Christ signifie concrètement approfondir le sacrement qui est le bien suprême du mariage selon saint Augustin. L’évêque d’Hippone a résumé la doctrine du mariage en définissant trois biens essentiels du mariage, la fidélité (fides), la procréation (proles) et l’indissolubilité (sacramentum). Alors que la fidélité et la procréation s’enracinent dans la dimension naturelle du mariage, le sacrement appartient plus explicitement à sa dimension surnaturelle. Celle-ci offre un bon point de départ pour une spiritualité du mariage et de la famille qui soit signifiante pour ses membres et en même temps féconde pour l’Église et la société. Voyons-en les fondements à partir 1) de l’horizon christocentrique global, 2) de l’acte de consécration matrimoniale et 3) de la grâce qui en découle pour les époux et à l’Église. 4) Des valeurs éducatives seront identifiées à partir de ces fondements.


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