Forum Universitaire (Avignon 1 mars 2008) : Bilan

Source: Eglise d’Avignon no 38  

Dieu, sauve t-il la raison? 

 La sagesse chrétienne peut-elle permettre à l’Université

de devenir plus « elle-même »  

  

 

En 2000, lors de la Ière Journée Européenne des Universitaires (Moscou-Rome), Jean Paul II a donné au monde universitaire européen une icône, Maria Sedes Sapientiae (photo), réalisée en mosaïque par le P. Rupnik, s. i., un artiste d’origine slovène. La valeur signifiante de ce geste et de cette icône est très profonde. La personne de Marie dans sa relation à Jésus révèle la profondeur de la sagesse humaine dans la relation « personnelle » à la Sagesse Divine. La mosaïque montre la fragmentation et la pluralité toutes deux porteuses d’une articulation profonde. Ce don aux Universitaires en dit  long sur la grande préoccupation du Pape pour que l’Université réponde pleinement à sa vocation de construction de la personne et la société d’aujourd’hui.

En effet les Institutions académiques sont un lieu significatif de l’élaboration des dynamismes culturels par leur « pluralité articulée », dans l’horizon d’une définition concrète de l’identité européenne et de son apport significatif à la parfaite et  juste édification du  « village global » de l’humanité.

La perspective humaniste qui caractérise la foi chrétienne constitue l’horizon adéquat d’un tel défi et une référence sûre pour tous ceux qui consacrent leurs énergies et leurs pensées à l’Université. Elle peut aider à former des personnalités solides, de vrais protagonistes et  serviteurs de la vie civile et sociale. Dans ce sens les dernières paroles de Benoît XVI dans son discours « non prononcé » à l’Université de la Sapienza de Rome  sont très significatives :  

Qu’est-ce que le Pape a à faire ou à dire à l’université ? Assurément, il ne doit pas tenter d’imposer aux autres de manière autoritaire la foi, qui peut seulement être donnée en liberté. Au-delà de son ministère de pasteur dans l’Église et sur la base de la nature intrinsèque de ce ministère pastoral, il est de son devoir de maintenir vive la sensibilité pour la vérité ; inviter toujours à nouveau la raison à se mettre à la recherche du vrai, du bien, de Dieu et, sur ce chemin, la solliciter à découvrir les lumières utiles apparues au fil de l’histoire de la foi chrétienne et à percevoir ainsi Jésus Christ comme la lumière qui éclaire l’histoire et aide à trouver le chemin vers l’avenir[1].    

La recherche de la vérité dans la liberté, qui est le propre du travail universitaire est  loin d’être entravée par la foi : c’est justement par les « lumières utiles venant de l’histoire de la foi » qu’elle peut se développer pleinement, non d’une façon appauvrie par différents positivismes ou éclatée sans cohérence. Les différentes branches du savoir peuvent être assemblées dans « la mosaïque » d’une sagesse personnelle et interpersonnelle qui tout en gardant leur juste autonomie s’unifient dans la construction de la personne !

Ainsi un apport essentiel apparaît dans l’exigence de réorienter l’institution universitaire vers son inspiration éducative originelle. La fragmentation du savoir et une culture qui tend à le réduire à un simple instrument appauvrissent l’Université et rabaissent son niveau. Ainsi Benoît XVI dit:  

Le danger pour le monde occidental – pour ne parler que de celui-ci – est aujourd’hui que l’homme, justement en considération de la grandeur de son savoir et de son pouvoir, baisse les bras face à la question de la vérité. Et cela signifie que dans le même temps la raison, en fin de compte, se plie face à la pression des intérêts et à l’attraction de l’utilité, contrainte de la reconnaître comme critère ultime. Du point de vue de la structure de l’université, il existe un danger que la philosophie, ne se sentant plus en mesure de remplir son véritable devoir, se dégrade en positivisme ; que la théologie avec son message adressé à la raison, soit confinée dans la sphère privée d’un groupe plus ou moins grand. Toutefois, si la raison – inquiète de sa pureté présumée – devient sourde au grand message qui lui vient de la foi chrétienne et de sa sagesse, elle se dessèche comme un arbre dont les racines n’atteignent plus les eaux qui lui donnent la vie. Elle perd le courage de la vérité et, ainsi, ne grandit plus, mais devient plus petite. Appliquée à notre culture européenne, cela signifie : si elle veut seulement se construire sur la base du cercle de ses propres argumentations et de ce qui à un moment donné la convainc et – inquiète de sa laïcité – si elle se détache des racines qui lui ont donné vie, alors, elle ne devient pas plus raisonnable et plus pure, mais elle se décompose et se brise.[2]    

C’est pour cela qu’il est nécessaire d’adopter une attitude objective et positive dans la transmission de la connaissance c’est-à-dire qu’il n’y ait ni amalgame ni dérobade dans la référence de la raison humaine à la vérité. Lorsque l’on pose les fondamentaux dont on ne peut se passer, ceux qui caractérisent l’ auto-conscience réflexive de l’homme et qui ouvrent l’horizon de la connaissance, alors on affirme que  la culture n’est pas réduite au pragmatisme utilitariste et qu’au centre doit rester l’homme, avec sa dignité et ses exigences.

La foi chrétienne réaffirme la position centrale, personnaliste et authentiquement humaniste de la culture. Aucun renouvellement n’est possible sur un plan historique et social s’il n’est pas précédé, soutenu et motivé par une profonde conversion personnelle. Elle seule garantit l’authenticité, préserve des masques opportunistes et rend capable de gratuité, sceau des maîtres de vie. « On ne voit bien qu’avec les yeux du cœur », disait Pierre Benoît dans sa conférence au Forum Universitaire du 1er mars à la Salle du conclave du Palais des Papes à l’occasion de la VIème Journée Européenne des Universités

C’est sur cette ligne que l’Université est confrontée à des temps nouveaux  et des problématiques nouvelles en acceptant de se rencontrer elle-même. La dimension culturelle constitutive de la foi est ici interpellée afin de fournir un apport spécifique, dans le service, à une Université qui répond pleinement à sa vocation. La Sagesse de la foi a le caractère d’une dignité culturelle qualifiée dans le sens de Rawls comme le dit Benoît XVI dans son discours à la Sapienza. Et plus encore, poursuit le pape : « Elle est une force purificatrice pour la raison elle-même, q u’elle aide à être toujours davantage elle-même »[3]

Le discours de Ratisbonne souligne aussi l’importance de cette Sagesse des religions qui pour le pape est l’unique façon de pouvoir vivre un dialogue pluriculturel raisonnablement fondé qui puisse dépasser les violences qui traversent « le village global ». Une Université qui se laisse pénétrer par l’aide de cette Sagesse des religions peut aussi trouver et offrir l’espace raisonnable d’un dialogue vraiment fécond qui désamorce le climat de « guerre des civilisations » lesquelles menacent notre monde, et dont nous sommes témoins au cours de ces dernières années[4].

L’icône de Maria Sedes Sapientiae a présidé notre forum universitaire « L’espérance ne déçoit pas » au Palais des Papes et à la Métropole Notre Dame des Doms. Quelle richesse se cachait dans ce don de Jean Paul II prolongée d’une façon effective dans le magistère universitaire de Benoît XVI. Dans cette Université de 700 ans aux origines de la Renaissance, on pressentait l’aurore d’une nouvelle Renaissance. Celle d’un nouvel apport de la Sagesse chrétienne personnelle à la construction de « l’unité du genre humain ». Avec Marie les deux ailes de l’esprit humain, raison et foi, s’élèvent pour construire la civilisation de l’Amour. Université arrosée par les fleuves de la foi, Universalité garantie par une raison purifiée de l’égocentrisme. Nouvelle Évangélisation fondée sur le vrai respect de la liberté de l’autre, parce que fondée dans le Tout Autre ! Quelle merveille !!  

 

Ma Isabel VELASCO ZAMARREñO 

Equipe d’organisation du Forum Universitaire 

 


[1] S. S. Benoît XVI, La raison invitée à  rechercher la vérité. Discours à l’Université « Sapienza » – Rome, Téqui, Paris 2008, pp. 20-21. Discours qu’ont reçu tous les participants au Forum du 1er mars.

[2] Ibid, p. 19

[3] Ibid, p. 18

[4] A. Glucksmann in AAVV, Dio salvi la ragione, Cantagalli, Siena 2007 p. 112-113. Ce livre est d’une lecture très recommandable puisqu’il inclut le discours de Benoît XVI à Ratisbonne et l’apport de divers auteurs universitaires musulmans, juifs, chrétiens et autres sur l’importance de la Sagesse religieuse dans l’université actuelle pour un pluralisme fécond. Dieu sauve la raison.    

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