Mgr. Cattenoz dans l’Ecole de la Mission Saint Paul (2007)

 

« Vous avez accueilli les paroles de Dieu non comme une parole d’homme mais comme ce qu’elle est vraiment, la Parole de Dieu » (1Th 2, 13)

 

 

 

I. La parabole du semeur (Mc 4, 1-20)

Je voudrais commencer par écouter avec vous la parabole du semeur dans l’évangile de Saint Marc :

Mc 4, 1:

« Il se mit de nouveau à enseigner au bord de la mer et une foule très nombreuse s’assemble auprès de lui, si bien qu’il monte dans une barque et s’assied, en mer; et toute la foule était à terre, près de la mer. 2 Il leur enseignait beaucoup de choses en paraboles et il leur disait dans son enseignement :

3 "Ecoutez ! Voici que le semeur est sorti pour semer. 4 Et il advint comme il semait,

qu’une partie du grain est tombée au bord du chemin, et les oiseaux sont venus et ont tout mangé.

5 Une autre est tombée sur le terrain rocheux où elle n’avait pas beaucoup de terre, et aussitôt elle a levé, parce qu’elle n’avait pas de profondeur de terre; 6 et lorsque le soleil s’est levé, elle a été brûlée et, faute de racine, s’est desséchée.

7 Une autre est tombée dans les épines, et les épines ont monté et l’ont étouffée, et elle n’a pas donné de fruit.

8 D’autres sont tombées dans la bonne terre, et ils ont donné du fruit en montant et en se développant, et ils ont produit l’un trente, l’autre soixante, l’autre cent."

9 Et il disait : "Entende, qui a des oreilles pour entendre ! »

 

Je n’oserais pas vous demander si vous avez retenu le premier mot prononcé par Jésus : "Écoutez"; ni les derniers mots : "Entende qui a des oreilles pour entendre." Ainsi Jésus nous indique la signification qu’il entend donner à son enseignement, il s’agit d’écouter et il ne suffit pas d’avoir des oreilles pour écouter ! Nous avons tous fait l’expérience de la difficulté d’écouter vraiment. Ce n’est pas pou rien si le verbe écouter est un de ceux qui revient le plus souvent dans la Bible et si la grande prière de tout juif commence par ces mots : "Écoute Israël…". Donc ce double appel à écouter qui encadre la parabole mette en lumière la double dimension de l’écoute : perception et réception de la parole. Ils ne suffit pas d’avoir des oreilles, encore faut-il entendre.

Je noterai aussi la solennité dont Marc entoure cet enseignement de Jésus en paraboles. Toute la foule est à terre, Jésus lui est sur la mer et la construction de Marc laisserait  entendre que Jésus est assis sur la mer à l’image de Dieu qui chevauche la mer et se joue des monstres marins.

L’image que développe la parabole est très simple, celle de la semence qui, selon la qualité de la terre qui l’accueille, pourra porter du fruit ou non. Jésus développe cette image à partir de ce que vivaient les paysans de son époque.

Cette parabole est intéressante car Jésus lui-même en explique la signification ensuite. Mais avant de nous donner cette explication, Saint Marc intercale quelques versets extrêmement intéressants :

10 Quand il fut à l’écart, ceux de son entourage avec les Douze l’interrogeaient sur les paraboles. Ceux de son entourage l’interrogent, non pas sur cette parabole du semeur, mais sur le pourquoi de son enseignement en paraboles.

11 Et il leur disait : « A vous le mystère du Royaume de Dieu a été donné; mais à ceux-là qui sont dehors tout arrive en paraboles, 12 afin qu’ils aient beau regarder et ils ne voient pas, qu’ils aient beau entendre et ils ne comprennent pas, de peur qu’ils ne se convertissent et qu’il ne leur soit pardonné. »

13 Et il leur dit : « Vous ne saisissez pas cette parabole ? Et comment comprendrez-vous toutes les paraboles ? »

Ces versets nous donnent les deux fondements essentiels de toute vie en Christ.

D’abord les versets 11 et 12 « A vous le mystère du Royaume de Dieu a été donné; mais à ceux-là qui sont dehors tout arrive en paraboles, 12 afin qu’ils aient beau regarder et ils ne voient pas, qu’ils aient  beau entendre et ils ne comprennent pas, de peur qu’ils ne se convertissent et qu’il ne leur soit pardonné », ces versets apparaissent à beaucoup d’étranges, voir incompréhensibles. Et pourtant ils me semblent lumineux : ils nous donnent une clé essentielle de notre être chrétiens. Jésus nous dit : à vous qui êtes autour de moi à m’écouter, vous que j’ai désigné il y a quelques instants comme ma nouvelle famille – « Qui est ma mère ? et mes frères ? » 34 Et, promenant son regard sur ceux qui étaient assis en rond autour de lui, il dit : « Voici ma mère et mes frères. – à vous le mystère du Royaume a été donné, il a été donné parce que vous êtes là autour de moi à écouter ma parole et à vous en nourrir.

Le mystère du Royaume n’est autre que cette nouvelle famille qui est en train de naître autour de Jésus à l’écoute de sa Parole, la Parole est puissance de Dieu à l’oeuvre, elle prend corps dans les coeurs. Notez également que dans la suite du chapitre, Jésus cherchera d’autres paraboles pour parler du royaume. Ce chapitre quatrième de Marc forme véritablement un tout.

Vous avez donc d’un côté ceux qui sont autour de Jésus et de l’autre, ceux qui sont "dehors". Pour ces derniers  qui sont dehors, par contre tout arrive en paraboles. Pourquoi ? Mais tout simplement parce qu’il y a une première démarche indispensable pour avoir la lumière, celle de s’approcher de Jésus pour entendre la parole et pour s’ouvrir à elle. Tant que vous n’aurez pas fait ce premier pas tout le reste sera vain. Tout commence par cet être auprès de Jésus, autour de lui à l’écoute de sa parole car lui seul est la Parole, le Verbe qui pour nous est le chemin, la vérité et la vie. Rappelez-vous lorsque Jésus a choisi ses disciples, il les a choisis pour être avec lui. Tout homme, s’il veut que le mystère du royaume lui soit donné, doit entrer dans le cercle de ceux qui sont autour  de Jésus et qui s’ouvrent à l’écoute de sa parole.

Dès lors la citation d’Isaïe prend son sens – « 12 afin qu’ils aient beau  regarder et ils ne voient pas, qu’ils aient beau entendre et ils ne comprennent pas, de peur qu’ils ne se convertissent et qu’il ne leur soit pardonné. » – , se convertir et même être pardonné ne servirait à rien tant que quelqu’un  est dehors et non auprès de Jésus, c’est un préalable indispensable car lui seul pourra être source de vie.

Puis, Jésus ajoute : « Vous ne saisissez pas cette parabole ? Et comment comprendrez-vous toutes les paraboles ? » Là encore, nous sommes en présence de la mise en place d’un des principaux fondements de toute vie en Christ. Jésus nous laisse entendre que cette parabole est la porte d’entrée de toutes les autres paraboles. Si vous ne comprenez pas cette parabole, vous ne pourrez pas comprendre les autres paraboles. Vous ne comprendrez rien à rien.

Alors, pour permettre à ses disciples d’entrer dans l’intelligence de la parabole, Jésus lui-même en donne l’explication :

14 « Le semeur, c’est la Parole qu’il sème.

15 Ceux qui sont au bord du chemin où la Parole est semée, sont ceux qui ne l’ont pas plus tôt entendue que Satan arrive et  enlève la Parole semée en eux.

16 Et de même ceux qui sont semés sur les endroits rocheux, sont ceux qui, quand ils ont entendu la Parole, l’accueillent aussitôt avec joie, 17 mais ils n’ont pas de racine en eux-mêmes et sont les hommes d’un moment : survienne ensuite une tribulation ou une persécution à cause de la Parole, aussitôt ils succombent.

18 Et il y en a d’autres qui sont semés dans les épines ; ce sont ceux qui ont entendu la Parole, 19 mais les soucis du monde, la séduction de la richesse et les autres convoitises les pénètrent et étouffent la Parole, qui demeure sans fruit.

20 Et il y a ceux qui ont été semés dans la bonne terre : ceux-là écoutent la Parole, l’accueillent et portent du fruit, l’un trente, l’autre soixante, l’autre cent."

Jésus identifie donc la semence à la Parole de Dieu et l’homme qui reçoit la Parole à la terre qui accueille la semence et lui permet de porter du fruit à la mesure de la qualité d’accueil de la semence. Mystère de la liberté de l’homme et des obstacles qu’il porte en lui, obstacles qui l’empêchent d’accueillir la semence. Mystère de la puissance de la Parole de Dieu capable comme une semence de déplacer des montagnes pour venir toucher les coeurs.

Le premier fondement de toute vie chrétienne est donc double ; il faut que la Parole de Dieu soit semée dans les coeurs et qu’elle soit accueillie pour porter son fruit en surabondance.

Par contre, Jésus ne donne aucun élément permettant d’identifier le semeur. Tout simplement parce que tout chrétien, tout baptisé et a fortiori tout pasteur est appelé à être porteur de la Parole pour ses frères.

 

II. De la Parole à la foi

Si Jésus donne tant d’importance à cette parabole c’est parce que la Parole a pour mission de faire naître la foi dans les coeurs et que la foi est, comme nous le dit Saint Jean de la Croix, "le moyen  prochain et proportionné que requiert l’union de l’âme avec Dieu par amour." ( La montée du Carmel, Livre 2, Chapitre 9).

Rappelez-vous le fameux texte de Paul dans la lettre aux Romains :

11 L‘Écriture ne dit-elle pas : Quiconque croit en lui ne sera pas confondu ? 12 Aussi bien n’y a-t-il pas de distinction  entre Juif et Grec : tous ont le même Seigneur riche envers tous ceux qui l’invoquent. 13 En effet, quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé.

14 Mais comment l’invoquer sans d’abord croire en lui ? Et comment croire sans d’abord l’entendre ? Et comment entendre sans prédicateur ? (…) 17 Ainsi la foi naît de la prédication et la prédication se fait par la parole du Christ.

La parabole du semeur met en place les deux éléments essentiels à la naissance de la foi : la Parole doit être proclamée et elle doit être accueillie.

Dès le jour de la Pentecôte, nous voyons la mise en oeuvre de ces éléments avec le résultat que nous connaissons : «  37 D’entendre cela (le discours de Pierre), ils eurent le coeur transpercé, et ils dirent à Pierre et aux apôtres : "Frères, que devons nous faire ?" 38 Pierre leur répondit : « Repentez-vous, et que chacun de vous se fasse baptiser au nom de Jésus Christ pour la rémission de ses péchés, et vous recevrez alors le don du Saint Esprit ». 41 Eux donc, accueillant sa parole, se firent baptiser. Il s’adjoignit ce jour-là environ trois mille âmes.

Pierre a été le semeur mais la semence, elle, était divine. La Parole a été accueillie dans les coeurs et le résultat spectaculaire fut le baptême dans la puissance du nom de Jésus de trois mille personnes !

Avant de revenir sur la suite du chapitre quatrième de Marc, permettez-moi de m’arrêter un instant sur le dernier verset du prologue de Saint Jean : « 

« 18 Nul n’a jamais vu Dieu ; le Fils unique, qui est tourné vers le sein du Père, lui, l’a fait connaître. » Le Fils unique, le Verbe, la Parole, fait chair a pour mission, lui qui est tourné vers le sein du Père, de nous le faire connaître. Mais le verbe grec est beaucoup plus riche que nos traductions françaises, il signifie faire connaître mais en y conduisant (il comporte la racine "ag" ; "exègèomai"). Ainsi la mission de Jésus est de nous accueillir auprès de lui pour nous conduire auprès du Père et nous donner de nous unir à lui comme des enfants bien-aimés.

 

III. Entrons dans la maison

Le plan de ce chapitre est très facile à retenir, nous visitons un domaine, nous entrons dans la propriété en regardant les champs et les semailles, nous visitons la maison puis nous repartons en jetant de nouveau un coup d’oeil aux champs qui poussent.

Mais entrons dans la maison et écoutons Jésus : "Et il leur disait : "Est-ce que la lampe vient pour qu’on la mette sous le boisseau ou sous le lit ? N’est-ce pas pour qu’on la mette sur le lampadaire ? Car il n’y a rien de caché qui doive être manifesté et rien n’est demeuré secret que pour venir au grand jour.

Si quelqu’un a des oreilles pour entendre, qu’il entende !" Et il leur disait : "Prenez garde à ce que vous entendez ! De la mesure dont vous mesurez, on mesurera pour vous, et on vous donnera encore plus. Car celui qui a, on lui donnera, et celui qui n’a pas, même ce qu’il a lui sera enlevé."

Nous sommes toujours dans un contexte d’écoute de la parole puisque nous avons deux séries de sentences encadrées par un nouvel appel à ceux qui ont des oreilles pour qu’ils entendent.

Par contre, je ne sais pas si vous avez noté quelques chose d’étrange dans ces quelques versets. " Est-ce que la lampe vient ", je n’ai jamais vu une lampe marcher ! Certains exégètes veulent y voir un sémitisme. Personnellement, je pense que le verbe veut personnaliser la lampe et présenter "Celui qui vient" et qui est la lumière. Dans la maison Eglise, brille la lumière de Jésus !

Dans ces quelques versets, Marc veut préciser quelles sont les conditions de l’écoute. Dans un premier temps, il souligne deux choses :

L’importance de l’accueil d’une initiative qui vient d’ailleurs, de Dieu qui nous donne la lumière, de celui qui est la lumière et qui est venu habiter au milieu de nous. La venue de la lampe est première, la venue du Christ lumière des nations est une initiative gratuite de Dieu. Dieu a tant aimé le monde qu’il lui a donné son Fils, le Verbe, la lumière qui éclaire tout homme. La lumière nous est donnée, elle nous est donnée mais où allons-nous la mettre sur le chandelier ou sous le lit, allons-nous laisser la lumière de la parole de Dieu éclairer nos ténèbres et tout faire venir à la lumière ? Oui, la Parole est lumière, la lumière même de Dieu et en arrière fond comment ne pas entendre les mots du prologue de Saint Jean : "la Lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas accueillis" (Jn 1, 5). Voilà aussi le mystère du Royaume, la lumière est donnée, allons-nous lui permettre d’éclairer tout notre être, de faire de nous des enfants de lumière. Et peut-être qu’en chacun de nous il y a encore des zones d’ombres, des endroits où nous n’avons pas laissé la lumière de Dieu entrer…

 Finalement, Marc met en lumière – c’est le cas de le dire – la liberté qui est la nôtre dans l’accueil du mystère du Royaume et cela il le souligne dans la deuxième série de sentences :

Il y a d’abord l’appel à entendre, la liberté est en jeu, allons-nous oui ou non écouter, accueillir la parole, laisser la lumière nous envahir ? Et Jésus continue d’abord par un jeu de mots pour unir l’image de l’oreille et celle de la lumière. Malheureusement il est difficile de rendre cela en français, littéralement il faudrait traduire : "Voyez ce que vous entendez (blépété)", l’enjeu est de taille. Ces versets soulignent en effet, l’importance de la réponse de l’homme à cette initiative de Dieu qui veut se donner. Ce que l’homme fait est aussitôt dépassé en surabondance parce que c’est à Dieu qu’il a affaire : l’enjeu est sans mesure parce qu’il s’agit du mystère du règne. On gagne tout ou on perd tout. L’homme qui accueille sera comblé, celui qui se ferme à la porte et à la lumière de Dieu perdra tout.

Mais il est temps de quitter la maison et en sortant de jeter un coup d’oeil sur les deux dernières paraboles.

"Et il disait : "Il en est du Royaume de Dieu comme d’un homme qui aurait jeté du grain en terre : qu’il dorme et qu’il se lève, nuit et jour, la semence germe et pousse, il ne sait comment. D’elle-même, la terre produit d’abord l’herbe, puis l’épi, puis plein de blé dans l’épi. Et quand le fruit s’y prête, aussitôt il y met la faucille, parce que la moisson est à point." ( Mc 4, 26-29).

Le point important de cette parabole est le fait que la semence, une fois jetée en terre, germe et croît, que le paysan dorme ou veille, on ne sait comment. La parole de Dieu est une réalité divine porteuse du mystère de royaume survenu et apparu en Jésus, cette parole vit et croît et réalisera pleinement le dessein de Dieu – " Ma parole ne me revient pas sans avoir accompli son oeuvre". Quelle leçon pour nous ! Une invitation à laisser la parole faire son oeuvre en nous, une invitation à une lectio divina qui ne sera pas autre chose qu’une écoute savoureuse de la parole. Ne cherchez pas toujours l’efficacité en vous disant je lis l’évangile mais cela ne me dit rien. Laissez la parole agir, elle accomplira son oeuvre immanquablement mais vous ne pouvez pas percevoir cette action mystérieuse de la parole.

Venons-en à la deuxième parabole : "Et il disait : Comment allons-nous comparer le Royaume de Dieu ? ou par quelle parabole allons-nous le figurer ? C’est comme un grain de sénevé qui, lorsqu’on le sème sur la terre, est la plus petite de toutes les graines qui sont sur la terre; mais une fois semé, il monte et devient la plus grande de toutes les plantes potagères, et il pousse de grandes branches, au point que les oiseaux du ciel peuvent s’abriter sous son ombre." ( Mc 4, 30-32)

Le point important ici est évidemment le contraste entre la petitesse de la graine et la grandeur de la plante adulte qui  d’après la citation au verset 32 de Daniel 4, 21 sera un véritable arbre : évocation du royaume de Dieu. Tel qu’il se présente maintenant, dans la personne de Jésus, dans la parole, il est caché, il n’attire pas l’attention, peut-être parce qu’il y a en nous beaucoup d’obstacles, que nous sommes accaparés par mille choses, c’est pourquoi : "Prenez garde à ce que vous entendez ! Mais en même temps cette parabole suscite la confiance devant la puissance de cette graine !

 

IV. La puissance de la Parole de Dieu à l’oeuvre

La puissance de la Parole de Dieu est ainsi de faire naître la foi et de nous conduire à l’union à Dieu. Et ce n’est pas pour rien si la Parole de Dieu est le premier des quatre fondements de la communauté chrétienne primitive :

"42 Ils se montraient assidus à l’enseignement des apôtres, fidèles à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières." ( Ac 2, 42)

 

 1. La Parole à l’oeuvre dans la parole de Pierre  

Au lendemain de la Pentecôte, Pierre à l’entrée du Temple reprend la parole pour dire à l’impotent : "De l’or et de l’argent je n’en ai pas, mais ce que j’ai, je te le donne, au nom de Jésus-Christ, lève-toi et marche !" et immédiatement d’un bond il fut debout et il marchait. La puissance du Christ éclate dans la parole de Pierre.

Après cette guérison, la foule accourt. Pierre prend de nouveau la parole, mais les prêtres, le commandant du Temple et les sadducéens interviennent et emprisonnent les apôtres. Cependant rien ne peut arrêter la Parole de Dieu ; aussi le livre des Actes ajoute-t-il : " Cependant beaucoup de ceux qui avaient entendu la Parole embrassèrent la foi".

Vous voyez la puissance divine qui éclate dans ces hommes sans culture ni éducation, des pécheurs de Galilée, de surcroît jetés en prison. Leur parole attire les foules. En réalité le discours de Pierre avait jeté la semence divine dans les âmes, il avait touché les coeurs.

La puissance divine est à l’oeuvre à travers la parole de Pierre, lorsqu’il prêche, il s’efface devant celui qui l’habite et le Christ, lui le Verbe, la Parole éternelle vient toucher les coeurs à travers la parole de l’apôtre.  

 

2. La puissance de cette parole

La puissance de la parole est immense, elle dépose dans les coeurs une semence de vie divine ; or le propre d’une semence est de croître, de se développer, de porter du fruit. Certes, sa croissance pourra être entravée si elle n’est pas  reçue dans une bonne terre, mais elle porte en elle un dynamisme de fécondité.

Jésus a comparé sa parole à une graine de sénevé, à du levain, à une perle de grand prix, à un trésor ; toutes ces paraboles manifestent la puissance de la parole de Dieu qui s’étend par toute la terre et s’enracine toujours plus profondément dans les coeurs. La puissance d’expansion de la parole de Dieu est sans limite. Elle touche les coeurs, fait naître en eux la foi, puis elle en fait se témoins.

La parole a pour mission d’être le chemin qui conduit l’homme jusqu’à Dieu et, avec raison, les Actes des Apôtres parlent de la prédication comme d’une voie, car elle est véritablement la route, le chemin qui ouvre les portes du Ciel.

En effet, la prédication, ne repose pas sur une parole humaine mais sur la Parole même de Dieu, là est toute sa force ; Dieu lui-même en est la source. Sa parole se fraie un chemin pour venir toucher les coeurs. Il attire à lui des "porteurs de sa parole", il leur donne une "oreille de prophète" pour écouter et recevoir son enseignement sans lui faire obstacle ; il met son Esprit dans leurs coeurs et sur leurs lèvres. Ainsi sa parole peut être entendue. Elle continue alors à oeuvrer dans le coeur des auditeurs, elle pénètre au plus profond des âmes et, comme à l’aube de la création, elle accomplit son oeuvre, elle donne à chacun de s’ouvrir au mystère et de s’unir à Dieu dans la foi. L’Esprit Saint est à l’oeuvre dans la parole et dans le coeur du porteur de la parole et dans celui de l’auditeur.  

 

3. Dire et faire c’est tout un pour Dieu

Comment ne pas entendre la Parole qui retentit à l’aube de la Création : "Dieu dit… Et il en fut ainsi !". Pour Dieu, dire et faire c’est tout un. La Vierge Marie l’avait bien compris, elle qui a pu dire à l’ange Gabriel : "Qu’il me soit fait selon ta parole". C’est encore elle qui dira aux serviteurs de la noce à Cana : "Faites tout ce qu’il vous dira !"

Toute la Bible porte témoignage de cette puissance de la Parole de Dieu qui réalise infailliblement ses desseins :

"10 De même que la pluie et la neige descendent des cieux et n’y retournent pas sans avoir arrosé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer pour fournir la semence au semeur et le pain à manger, ainsi en est-il de la parole qui sort de ma bouche, elle ne revient pas vers moi sans effet, sans avoir accompli ce que j’ai voulu et réalisé l’objet de sa mission." ( Is 55, 10-11)

 

V. L’accueil de la Parole dans le Nouveau Testament

Plusieurs conditions doivent être remplies pour permettre à la semence divine déposée dans les coeurs d’accomplir son oeuvre.

 

1. L‘accueillir comme parole de Dieu dans la puissance de l’Esprit

Les chrétiens de Thessalonique sont un modèle ; Paul a pu leur écrire :   " Vous avez entendu de notre bouche la parole de Dieu et vous l’avez accueillie, non comme une parole d’homme, mais comme ce qu’elle est réellement, la parole de Dieu. Et celle-ci reste active en vous les croyants "    (1 Th 2, 13) ;  de même il peut leur écrire : "notre Evangile ne s’est pas présenté à vous en paroles seulement, mais en puissance, dans l’action de l’Esprit Saint, en surabondance. De fait, vous savez comment nous nous sommes comportés au milieu de vous pour votre service. Et vous vous êtes mis à nous imiter, nous et le Seigneur, en accueillant la Parole, parmi bien des tribulations, avec la joie de l’Esprit Saint" (1 Th 1, 5).

 

2. La scruter, l’étudier

Accueillir la parole divine, cela signifie non seulement la recevoir, mais l’étudier, la méditer, la ruminer.

La foi nous est donnée comme une semence divine, mais celle-ci doit prendre racine, développer toute ses virtualités pour arriver à sa plénitude et là, la part humaine est importante. Les Actes des Apôtres nous disent à propos de la naissance de la communauté de Bérée : "Ils accueillirent la parole avec le plus grand empressement. Chaque jour ils examinaient les Écritures pour voir si tout était exact." (Ac 17, 11).

La parole de Dieu est un trésor, pour le découvrir il faut creuser suffisamment profond.

Si la lecture suffisait, Philippe n’aurait pas dit à l’eunuque : "Comprends-tu ce que tu lis ?". S’il suffisait de lire, le Christ n’aurait pas dit aux juifs : "Scrutez les Écritures." Scruter, ce n’est pas s’arrêter à la superficie, c’est descendre jusqu’au fond."

L’homme devra mettre toutes ses ressources intellectuelles et spirituelles au service d’une véritable intelligence de la Parole. Il n’est pas question de s’en tenir à la foi du charbonnier. Il faut étudier la Parole de Dieu : "Méditons soigneusement les divines paroles ; ne cessons pas d’en faire notre étude, travaillons à en acquérir l’intelligence". L’intelligence a sa part dans l’accueil de la foi et ce travail consiste avant tout à scruter les Écritures pour pénétrer dans l’épaisseur du mystère. Souvent nous lisons l’Écriture comme vivaient nos ancêtres, en faisant la cueillette… Il faudrait aller plus loin…

Par la volonté de l’Esprit Saint, la Bible a été écrite par des publicains, des pêcheurs, des corroyeurs, des bergers ; ainsi le dernier des paysans ne peut mettre en avant son ignorance. La parole de Dieu est à la portée de tous, le moins instruit des hommes peut accueillir les paroles de la Bible et y trouver la vie.

Jésus a fait preuve du même souci de pédagogie ; il a invité les Juifs à scruter les Écritures pour y découvrir le témoignage qu’elles lui rendaient. Il a souvent fait référence à des événements de l’Ancien Testament pour nous conduire jusqu’à la pleine intelligence de son mystère.

Tout le Nouveau Testament est là pour le rappeler, la foi de l’Église s’enracine dans l’Ancien Testament. Celui-ci joue un rôle de précurseur, il annonce par avance ce qui se réalisera à la plénitude des temps et il nous prépare à entrer dans l’intelligence du mystère.  

 

3. Une nourriture

Ce contact avec la parole de Dieu est une véritable nourriture, la nourriture de l’âme. Comme le corps, elle a besoin de se nourrir : "L’homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu" (Mt 4, 4). La parole de Dieu est cette nourriture sans laquelle nos âmes "périraient d’inanition". Elle est ce pain dont parle Jésus dans l’Evangile : "Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle". Ce pain, note Chrysostome, désigne en effet soit la parole de Jésus et la foi en lui qui en résulte, soit son coeur corps donné en nourriture ; l’un et l’autre fortifient et vivifient l’âme.

 

4. Une fontaine

La parole de Dieu est également une fontaine, elle coule, abondante et intarissable ; l’humanité peut venir s’y abreuver sans risque. Cette fontaine a même une caractéristique bien particulière : elle coule d’autant plus qu’on y puise plus fréquemment.

 

5. Attention : humilité nécessaire

La parole divine doit être accueillie avec humilité, et ne point écouter cette parole comme une parole humaine. L’esprit humain est trop faible pour scruter par lui-même les mystères, il doit se laisser conduire par Dieu avec humilité.

 

VI. Des témoins…

Les patriarches, la Samaritaine, le centurion, Pierre, l’eunuque, autant de témoins qui l’affirment : la foi naît de l’écoute de la parole de Dieu reçue et méditée dans un coeur humble et confiant.

Les patriarches demeurent, bien sûr, les témoins par excellence du mystère de la foi. Leur confiance en Dieu était sans borne ; en eux, la parole de Dieu put accomplir son oeuvre, la foi put déployer toutes ses virtualités.

De son côté, la Samaritaine, pourtant lente à croire, nous rappelle la nature de la foi à travers l’image des eaux vives ; dès qu’elles jaillissent dans une âme, elles se répandent et se communiquent. N’a-t-elle pas abandonné sa cruche pour devenir ?

Le centurion, lui, rend témoignage à la puissance et à l’efficacité de la parole de Dieu : il crut qu’une seule parole sortie de la bouche de Jésus pouvait guérir son serviteur sans même le lui amener.

Pierre, de son côté, est là pour inviter les fidèles à faire confiance à la parole de Jésus plus qu’au témoignage de leur propre conscience ; il croyait ne jamais être scandalisé, même si tous les autres l’étaient, mais Jésus permit son reniement ; après sa chute, il apprit à obéir en tout à son maître, à croire à la vérité de sa parole et non plus à son propre jugement.

Enfin l’eunuque de la reine d’Ethiopie, humblement et sans bruit, nous donne le plus beau témoignage, lui dont la foi est née à la suite de la lecture du prophète Isaïe ; Philippe l’a rejoint et il lui en a découvert le sens caché. Il s’appliquait à la lecture des Écritures, Dieu est venu à lui pour faire naître la foi en son coeur et lui donner de recevoir le baptême. 

 

VII. Conclusion

En conclusion, je voudrais vous inviter à lire toujours davantage la Parole de Dieu, nous devrions la connaître aussi bien que les rues de notre quartier ou de notre village. Quand j’étais professeur au séminaire, je disais parfois aux séminaristes comme une boutade mais qui contenait sa part de vérité : celui qui ne lit pas chaque année au moins tout le Nouveau Testament, est en danger de péché mortel ! Puisse l’Esprit Saint susciter en chacun de vous cette soif de la parole qui fera de vous les saints dont l’ Eglise a besoin. 

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