EDITO : «Chronos et Kairos : Mariage indissoluble ? Célibat des prêtres ? OUI !»

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Par P. Paco ESPLUGUES, curé

La proximité de la fête des saints et de la commémoration des morts est un temps propice pour appréhender le sens de notre histoire personnelle et collective grâce aux notions de CHRONOS et de KAIROS. Elles permettent la juste appréciation de ce qui est passager et de ce qui demeure ! Chronos est typique de la vision immédiate du temps. Kairos signifie que notre temps est traversé par l’action de Dieu, aussi bien dans la création (Dieu est à l’œuvre), que dans l’histoire humaine et nos histoires concrètes. Le temps chronologique nous laisse dans nos logiques humaines. Le Kairos, moment choisi par Dieu pour intervenir dans le temps humain pour l’accomplissement de son dessein, Dieu présent dans l’histoire, donne les énergies qui transforment les défaillances en tremplins Mais pour que les hommes puissent jouir de ces Kairos, il faut la liberté du consentement ! « Laissez-vous réconcilier avec Dieu » dira saint Paul, en parlant de ce Kairos. Celui qui nous a créés sans nous, ne nous sauvera pas sans nous, disait également St Augustin.

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Ce Kairos est l’exact contraire d’un spiritualisme désincarné. Tous les dynamismes du catholicisme en portent la marque. C’est le sens de la sacramentalité de l’Eglise (cf. Lumen Gentium 1). Cette sacramentalité est toujours supra logique et pour ceux qui n’ont pas la foi, illogique. Nous avons le réflexe continuel de rester dans nos logiques humaines. Le Chronos avec l’écoulement du temps, qui, dans sa fatalité, donne l’impression « qu’on va droit au mur », préside à notre lecture de la réalité. On se trompe !

Quand on regarde la planète on ne voit que la destruction systématique de nos ressources. Quand on regarde la famille on ne voit que l’impossible fidélité dans la durée, quand on voit les corruptions du clergé on ne voit que l’impossibilité du célibat. Quand on voit la violence de nos quartiers ou le terrorisme larvé qui pénètre tout, la logique de relativiser tout absolu (ou les couvrir d’un tapis avec le mantra de la laïcité) pour vivre la paix dans une fausse tolérance s’imposerait. Ce ne sont que les logiques du Chronos et malheureusement une erreur. Le Kairos, qui passe par notre consentement à Dieu au cœur de la réalité, nous introduit dans un vécu du temps présent nourri de Dieu. Le christianisme montre sa pertinence dans la durée. Le Kairos de Dieu traverse les cœurs et les divinise souvent dans le silence, hors du déferlement médiatique. Dans les valeurs de fond qui font émerger l’être qui n’est plus soumis à tous les vents !

Le mariage pour toujours, le célibat des prêtres, ne sont compréhensibles qu’au regard du Kairos. Roger Schultz fondateur de Taizé affirmait que le jour où le catholicisme abandonnerait le célibat des prêtres, il perdrait son essence. Il était habitué à reconnaître le Kairos de Dieu dans le temps.

Prions le Seigneur pour que l’Église catholique ne se laisse pas imprégner des logiques courtes du Chronos… Avec l’estimable désir de s’adapter aux temps modernes elle risque de perdre son âme ! Quelle mission aurait- elle alors dans le monde si elle ne s’adaptait qu’aux raisons de nos pessimismes sans les Kairos agissants de Dieu ?

Rentrée au Collège saint-Michel

Les enfants du Collège saint-Michel (Ensemble scolaire Saint Jean-Paul II) ont fait leur rentrée avec la traditionnelle bénédiction des cartables par le Père Paco, prêtre référent du collège. Le directeur, Monsieur François Farraco, l’équipe d’enseignants, et de pastorale ainsi que le personnel OGEC les ont rejoints pour occasion

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Septembre 2019 : « Des tremblements de terre peuvent-ils émerger des trésors ? »

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Les tremblements de terre peuvent parfois faire émerger des trésors cachés, insoupçonnés, présents mais auxquels nous n’avions plus accès. C’est le sentiment qui nous anime au début de cette nouvelle année d’activités. Les crises sociales et ecclésiales sont toujours là, voire plus intenses. Mais notre regard, grâce au temps de silence et de jeûne des réseaux, a fui la dictature du bruit, et nos yeux commencent à entrevoir les trésors inépuisables de Dieu qui nourrissent notre présent. Ils s’appellent « sacrements ». Et ô combien ils sont féconds !

Le premier trésor c’est que nous ne sommes plus écrasés par la chape de plomb du pessimisme et par la crainte des menaces. Si nous ne sommes pas dupes de l’effondrement d’une civilisation qui se réalise sous nos yeux, nous sommes surtout spécialement touchés par l’essentiel : Dieu, qui nous conduit immédiatement à trouver du sens à notre marche, renouvelle nos forces et nous donne un courage intérieur qui grandit face aux obstacles !

Le deuxième trésor, c’est l’émergence du sens communautaire du christianisme. Quand la culture tend à l’éclatement des liens par l’individualisme promu par les réseaux sociaux et l’affirmation d’identités minoritaires, la foi, elle, engendre des minorités créatives. Il en a toujours été ainsi. Et ce trésor commence à prendre forme. Partager la foi à la messe, l’approfondir dans la prière, et la transmettre dans la mission suscite des liens en profondeur non menacés, indestructibles, inaliénables. Je suis émerveillé de voir que c’est justement ce qui se passe chez beaucoup de membres de la paroisse. Des groupes de partage de la foi dans la vie, des foyers de lumière, prennent forme. Ces mêmes germes qui, malgré toutes les crises de ce XXI siècles, ont approfondi et transmis la foi renouvelée et incarnée (par exemple l’option bénédictine, etc).

Ce trésor communautaire devient d’autant plus fécond qu’il active la réalité eucharistique qui fait de nous les membres des uns des autres, tous citoyens d’une ville divine que nous bâtissons réellement ! Elle émerge dans ce temps de crise comme une merveille qui, loin de nous faire évader du présent, donne un sens profond à tous nos engagements ! On l’appelle communion des saints. Les partages de vie des croyants opèrent cette citoyenneté qui semblait anéantie par la détérioration du vécu collectif. Leur pertinence est encore plus grande !

Pour les jeunes et pour les enfants c’est une urgence radicale. Le temps de communion de Journey aux USA l’a très clairement rendu évident.

Au cours des siècles, la sainteté vécue en communion autour des monastères a traversé les barbaries de l’histoire. Aujourd’hui, ceux qui osent la vivre forment dès maintenant les piliers d’un nouveau départ ! Je vois déjà ces cellules à l’œuvre dans notre paroisse et ailleurs !

Evidemment pour ces piliers, à l’épreuve des crises, la tiédeur ne peut pas exister. Cette année diocésaine de la « Faites des saints », voulue par Monseigneur CATTENOZ, coïncide de belle façon avec la lettre apostolique du Pape François, Gaudete et Exultate nous appelant à l’urgente nécessité d’être de vrais saints. Des hommes et des saints pour qui Dieu est l’essentiel de leurs vies (je suis émerveillé de les voir parmi nous). La lettre du pape insiste sur la sainteté relationnelle. Un homme de Dieu ne peut pas être individualiste, ni centré sur soi-même. L’épreuve de la sainteté est cette capacité à reconnaître et fréquenter le Christ dans l’autre. Ces piliers de communion des saints, je les vois parmi nous. Les approfondir sans freins est le programme de cette année dans le pôle et dans toutes les diaconies.

Le voyage paroissial à Châteauneuf de Galaure, le 5 octobre, vers les sources de la fondatrice des foyers de charité est inscrit dans cette double démarche : Faciliter les liens communautaires, la douce joie d’être ensemble, et se ressourcer à l’école d’une femme centrée sur l’essentiel à l’extrême : Eucharistie, et Rédemption.

Bonne rentrée à tous,

P. Paco

EDITO Juillet : « Odyssée : Chercheurs d’une ville, ils trouvent une patrie »

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Avignon accueille la 73e édition du Festival.
Notre chemin personnel et collectif a-t-il un sens ? 

Le Théâtre est l’exploration immédiate du sens dont nous avons tant besoin aujourd’hui. Les représentations publiques inaugurent des fragments de sens qui donnent du souffle à l’existence. Quand le sens est touché à travers le silence et l’obscurité de la salle, il y a une transfiguration. Pas seulement dans le cœur de chacun mais dans le corps social façonné par le drame vécu ensemble. Transfiguration fragmentaire mais nourrissante et substantielle.

Le Festival reste dans son bouillonnement « In et Off », une interrogation renouvelée des odyssées actuelles pour traiter des non-sens et chercher de nouveaux consensus. Y a-t-il encore des histoires sensées ? Chaque homme est-il une histoire sacrée ? Y a-t-il des traces du Divin derrière les obscurités jaunes des gilets, des impérialismes déguisés, des différences écartées, des déconstructions de tout genre … et des fuites de l’humain ? Humain pourtant jamais assez exploré ?

Si le théâtre a une force politique créatrice, puisse l’obscurité de nos églises ouvertes être le contrepoint radicalement nécessaire, offrant toujours dans les tabernacles silencieux l’Odyssée la plus puissante, celle de l’Homme-Dieu qui continue à porter réellement toutes les humanités en son Théodrame.

L’obscurité traversée de l’Eucharistie, vérité la plus profonde de la réalité, construit une Transfiguration non fragmentaire : un Corps réel, une Ville dans laquelle nous sommes tous.

(Hb11, 16) « Il n’a pas honte d’être appelé leur Dieu parce qu’Il leur a construit une Ville »… sur la Croix

Les rues d’Avignon deviendront des passerelles d’une odyssée à l’autre… Seront-elles des chemins pour oser le dépassement de la clôture mentale infernale de l’affirmation que l’homme serait à lui-même son propre sens ?

Père Paco Esplugues,