EDITO Juillet : « Odyssée : Chercheurs d’une ville, ils trouvent une patrie »

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Avignon accueille la 73e édition du Festival.
Notre chemin personnel et collectif a-t-il un sens ? 

Le Théâtre est l’exploration immédiate du sens dont nous avons tant besoin aujourd’hui. Les représentations publiques inaugurent des fragments de sens qui donnent du souffle à l’existence. Quand le sens est touché à travers le silence et l’obscurité de la salle, il y a une transfiguration. Pas seulement dans le cœur de chacun mais dans le corps social façonné par le drame vécu ensemble. Transfiguration fragmentaire mais nourrissante et substantielle.

Le Festival reste dans son bouillonnement « In et Off », une interrogation renouvelée des odyssées actuelles pour traiter des non-sens et chercher de nouveaux consensus. Y a-t-il encore des histoires sensées ? Chaque homme est-il une histoire sacrée ? Y a-t-il des traces du Divin derrière les obscurités jaunes des gilets, des impérialismes déguisés, des différences écartées, des déconstructions de tout genre … et des fuites de l’humain ? Humain pourtant jamais assez exploré ?

Si le théâtre a une force politique créatrice, puisse l’obscurité de nos églises ouvertes être le contrepoint radicalement nécessaire, offrant toujours dans les tabernacles silencieux l’Odyssée la plus puissante, celle de l’Homme-Dieu qui continue à porter réellement toutes les humanités en son Théodrame.

L’obscurité traversée de l’Eucharistie, vérité la plus profonde de la réalité, construit une Transfiguration non fragmentaire : un Corps réel, une Ville dans laquelle nous sommes tous.

(Hb11, 16) « Il n’a pas honte d’être appelé leur Dieu parce qu’Il leur a construit une Ville »… sur la Croix

Les rues d’Avignon deviendront des passerelles d’une odyssée à l’autre… Seront-elles des chemins pour oser le dépassement de la clôture mentale infernale de l’affirmation que l’homme serait à lui-même son propre sens ?

Père Paco Esplugues,

EDITO Juin : « De Babel a la Pentecôte : Justice, Miséricorde et Chasteté »

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Devant les scandales sexuels de certains membres de l’Église catholique, les réactions à chaud des uns et des autres révèlent plusieurs façons d’articuler ces trois grandes dimensions de la révélation de Dieu qui ne se laissent pas réduire ni à l’une ni à l’autre. Celles-ci, il faut toujours bien les articuler pour que les réponses des chrétiens soient à la hauteur de l’enjeu du moment. Est-il possible, en dépassant l’émotion qui provoque de telles réactions immédiates, que la réponse ne soit pas passagère et qu’elle corresponde à la révélation de Dieu ?

L’indignation que tous ces scandales provoque est, certes, bien normale. Cette indignation sociale permet à beaucoup de victimes de trouver l’élan suffisant pour parler… grâce à Dieu, puisque depuis très longtemps, elles n’avaient pas le courage de le faire ; écrasées qu’elles étaient par le poids de l’institution, cette omerta qui déniait toute crédibilité à la victime en face de la justice lorsqu’elle portait plainte et criait justice. La révélation par les médias est un bien objectif qu’il ne faut pas freiner au prétexte qu’il est préférable d’éviter le scandale. Le mal que cela fait à l’Église est énorme, sans doute. Mais une institution qui couvre le crime, sans l’assainir devient une source de corruption (la corruption du meilleur c’est le pire).

Faire éclater à la lumière le mal permet d’assainir le corps social. Le mal dépasse l’église, mais si l’Église l’assainit, elle pourra être source de crédibilité pour l’assainissement de ce même mal dans la société. Il est très malsain de penser que les crimes de mœurs, lorsqu’ils polluent l’Église sont pardonnables parce que la dépravation sociétale contemporaine relativise, voire modélise, des vagabondages sexuels semblables. Cela signifierait qu’on a complètement perdu la conscience de la mission universelle de l’église. Confusions typiques de Babel.

Cette indignation fait émerger aussi des questionnements sur l‘état de l’institution et sur les fonctionnements qui favorisent cette tendance. Trois réponses immédiates émergent au fur et à mesure que le scandale devient insupportable. Chacune dévoile des présupposés théologiques et existentiels, qui en ayant sa raison d’être, et sa pertinence sont insuffisants pour une réaction à la hauteur de l’enjeu. On considère assez couramment que le problème institutionnel du cléricalisme et de la concentration de pouvoirs des clercs est à la racine du problème. C’est vrai, mais sans doute est-ce insuffisant.

Il y a la réaction de ceux qui vont insister sur le côté humain de la condition des prêtres ; la sexualité est une donnée essentielle de l’humain, et logiquement quand l’obligation du célibat est une condition exigée pour la prêtrise, alors on dira que c’est l’institution qui est fautive. Dans la même perspective, apparaît l’insistance sur une morale non pharisaïque, c’est-à-dire, qu’en tenant compte de la faiblesse humaine, on considère que c’est à partir de cette faiblesse universelle et de la miséricorde, qu’il faut se traiter les uns les autres pour avancer. Cette vision a des appuis très forts dans la doctrine, elle est essentielle dans la perspective de la rédemption, mais elle est totalement insuffisante, pour faire face au problème.

Malheureusement elle est trop répandue. C’était le fondement de la politique ecclésiastique de déplacer la personne vers un autre lieu de ressourcement, autre diocèse, autre environnement, pour voir si elle se reformait, par la grâce. La théologie morale post-conciliaire facilitait cette insuffisance, et aujourd’hui cet aveuglement contribue au Babel, comme le soulignait Benoît XVI, dans sa lettre sur les abus.

Quand on considère le point de vue des victimes, l’importance de la justice dont on ne doit pas se passer, devient évidente. Dire à la victime qu’elle doit être miséricordieuse avec le bourreau, comme on le voit dans le film « Grâce à Dieu », est un contresens qui révolte une conscience éclairée. La justice est essentielle pour que le processus de vérité se fasse, et que les conditions pour un assainissement se réalisent. La justice civile et la justice ecclésiastique, sont deux points forts, radicalement nécessaires pour retrouver le chemin de la vérité.

Mais si l’on ne s’en tient qu’à cela, on ne pourra pas répondre au problème. Il faudrait que la justice soit inspirée, et au fait de l’anthropologie chrétienne et de la formation des chrétiens. Pas seulement s’en tenir à une vision juridique de la réponse. Le peuple de Dieu après le concile, n’a pas été formé correctement dans la conscience du péché. L’adaptation de l’église au monde a été tellement grande, qu’on a traité toute culpabilité comme malsaine. Le primat de la grâce a toujours besoin d’être articulé dans la vie chrétienne avec la conscience claire du péché mortel (morale objective) et de l’impossibilité du salut sans la rédemption, consciemment demandée et accueillie (culpabilité saine). La justice de Dieu intériorisée fait partie de la révélation de l’Esprit (Dominus et vivificantem). Sinon on reste en Babel. La participation à l’eucharistie sans un cœur purifié réalise la propre condamnation disait saint Paul. Même si on l’entoure de belles pièces d’orgue, la parole de l’Évangile devient babélique et les cœurs aveuglés.

Forts de cette constatation il y a toujours une montée croissante de ceux qui attaquent le concile Vatican II, comme la cause de ce mal.

On ne voit pas que c’est une lecture tronquée ou perfidement interprétée du concile. Attaquer le personnalisme du concile au nom des « droits absolus de Dieu », c’est ignorer le cœur de la Bonne nouvelle, qui est la rencontre personnelle avec le Christ, et le cœur de la morale chrétienne qui est d’annoncer la sainteté comme vrai Je de tout homme ! C’est justement en cette perspective que la lettre Veritatis Splendor voulait se placer face aux dérives de la morale catholique post conciliaire. En elle, on évite la contraposition entre justice et miséricorde, mais on les articule avec l’accomplissement de la personne qui vit les béatitudes. Expériences vécues de l’humain théandrique. Il ne s’agit pas de choisir l’une contre l’autre, mais de les prendre radicalement, toutes les deux, dans le dynamisme de la vraie plénitude de l’humain en Dieu. C’est seulement ainsi que se réalise l’affirmation de Jésus « Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu ». La chasteté devient le noyau du cœur et de l’humanité rachetée. Elle permet des relations nouvelles et saines dans lesquelles la dimension sexuelle des mariés et des consacrés devient pleinement accomplie ! Pentecôte.

Cette Pentecôte ne serait-elle pas l’occasion de recevoir l’Esprit Saint comme Marie, et repartir dans une église capable de purifier les cœurs d’une façon, non seulement réaliste, mais débordante du Seigneur… et donc un vrai apport pour la guérison du monde hédoniste ?

Merci Esprit Saint de ne jamais te fatiguer de renouveler la face de la terre !

P. Paco Esplugues