Mars 2019 : « Faites des saints : Une époque propice »

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Notre époque est spécialement sombre, et nous touchons plus que jamais des situations désolantes

  • du point de vue social (gilets jaunes, symptôme d’un malaise social durable)
  • du point de vue anthropologique (vision manipulable de l’être humain, (« genre », PMA, GPA, certain transhumanisme),
  • du point de vue des relations (violence terroriste et guerre des banlieues),
  • du point de vue ecclésial (corruption sexuelle et contre témoignage flagrant du message évangélique qui engendre le discrédit).

Ces situations constituent l’ambiance que l’on respire au quotidien et ne donnent pas l’impression qu’on s’oriente vers de meilleurs jours. Et bien, ce cadre est plutôt un cadre propice quand on regarde l’histoire du christianisme. Les saints que nous célébrerons de façon spéciale dans le cadre du projet diocésain « Faites des saints », ont vécu justement à des époques aussi troublées que la nôtre. Mais ils ont traversé la pollution de leur société et de leur église, en montrant de manière éclatante la victoire du Christ. En effet, le christianisme devient plus pertinent et plus lumineux précisément quand les crises menacent nos zones de confort. Se nourrir à l’école d’Agricol et de Magne, de Catherine Benincasa (de Sienne), de Vincent Ferrier ou de Claude la Colombière, nous apprend beaucoup pour notre démarche actuelle.

Percer la réalité

Il ne s’agit pas de fuir la réalité du mal, mais de la regarder en face. De même que l’attitude de l’autruche n’a jamais fait des saints, le refuge dans un monde qui n’existe pas, n’a jamais créé les conditions pour guérir des maux. Le mal qu’on expulse par la porte entre par la fenêtre. Lors, il ne s’agit pas non plus d’être écrasé par le poids massif de ce climat pessimiste mais de saisir l’occasion pour mieux percer la réalité. A travers les fissures on voit mieux Celui qui porte la réalité. Rien ne s’échappe de la main du Père. Au cœur de l’histoire il y a Quelqu’un qui la porte en la transfigurant.

Plus encore, le mal des cœurs jaillit justement des désirs divins enfouis au plus profond de chaque cœur humain, mais détournés en egolatrie par l’œuvre du démon. Le Christ n’a jamais arrêté de se placer dans cet abîme de l’âme pour la racheter en libérant les sources du bien et en traversant la peur (même celle de la mort), pour faire émerger la vie. Voir en face le mal, nous rend cette merveille -qui reste agissante- plus visible, plus puissante que la bombe atomique, mais avide de cœurs assez éveillés pour regarder et pour coopérer librement. Les crises éveillent. Les saints qui sont passés par notre paroisse sont spécialement des témoins de crises traversées comme tremplin vers la Vérité qui agit dans le secret et qui a vaincu tout mal de l’intérieur.

Voir avec le regard de Dieu
Pour cela il faut apprendre à voir avec le regard de Dieu. Voir ce que nous sommes. Voir comme IL nous voit. L’école de la prière bénédictine (option bénédictine) de Lérins, était la clé de la vie d’Agricol. Elle était de plus injectée en famille par son père Magne (transmission responsable). La prière en silence en voyant l’invisible permet à notre vrai JE d’émerger. La prière fait découvrir notre vraie valeur qui n’est pas fonction des aléas des turbulences sociales et d’un clergé malsain.

Rajeunir le tissu ecclésial
La laïque Catherine était immergée dans cette prière dont ses « dialogues » avec le Christ se font écho. Elle voyait la mauvaise vie morale du clergé.
Mais sa relation avec le Christ lui permettait de considérer le vrai rôle du ministère dans l’Eglise, et en même temps lui donnait la liberté de dire au clergé ce qu’il devait faire (même au pape). Aujourd’hui encore c’est cette prière avec le regard de Dieu, qui permet de s’unir au Christ, plus vivant que jamais, si on peut dire, et de rajeunir le tissu ecclésial. Des laïcs qui vivent des relations théologales, (c’est à dire voyant le Christ dans l’autre, Mat 25-40, digne d’être aimé du même amour que les personnes que la Trinité partage entre elles) pour que ce tissu ecclésial soit signe visible et instrument du Christ.

Partager la foi selon les propres dons
Vincent Ferrier, qui vivait au couvent des dominicains (rue Joseph Vernet), était formé dans ce regard qui voit Dieu dans le quotidien : la pauvreté et l’étude théologique étaient les bases pour la prédication de la bonne nouvelle de façon crédible. Loin de l’émotivisme, il formait les laïcs aux vertus. Dans l’intelligence des lois qui construisent une vie saine, pour que la prédication de l’évangile ne reste pas superficielle mais soit capable de configurer une vie humaine et sociale juste. Ses miracles extraordinaires ne le détournaient pas d’une formation patiente de chrétiens avec une conscience claire du péché et une vraie évangélisation de tous les aspects de l’humain.
Cela à une époque où la crise ecclésiale battait son plein avec deux papes (XIVe siècle) tandis que le clergé n’était pas plus à la hauteur que celui d’aujourd’hui. Avec des laïcs, il avait formé un groupe d’évangélisation qui a parcouru toute la France, la Suisse, l’Italie du Nord. Tous partageaient la foi et chacun selon ses propres dons.

Discerner les vraies voies de l’Esprit dans les cœurs
Claude la Colombière. Entré au noviciat des jésuites en Avignon (cloître saint Louis au XVII siècle), il était devenu spécialiste du discernement des esprits à l’école de St Ignace. La France déchirée par le jansénisme avait besoin d’hommes capables de ne pas rester dans cette rupture dictée par l’orgueil social, mais de discerner les chemins de la miséricorde de Dieu qui unit notre cœur au cœur de Jésus. Discerner la pertinence de la spiritualité de Marguerite Marie Alacoque était possible dans cette école, encore si nécessaire aujourd’hui.

Dans cette école du cœur de Jésus nous continuons à apprendre la merveille de vivre tout en synergie avec ce Coeur qui élargit le nôtre aux dimensions du sien. Au lieu du découragement nous renouvelons chaque jour la joie de répondre à la soif de ce cœur. Plus le mal se déchaîne et plus nous trouvons des élans renouvelés pour nous investir en consacrant nos vies quotidiennes par amour. Il ne s’agit pas d’un aveuglement sentimental mais d’un discernement grâce aux exercices de saint Ignace dans la vie (possible par Skype par exemple) pour emprunter des chemins selon la fécondité de Dieu. Nous apprivoisons ainsi la façon de jouir des consolations de Dieu au milieu des combats. Dans l’amour, notre vrai « JE » s’épanouit.

Foyers de lumière qui construisent la ville de Dieu
Leur école est d’une grande pertinence pour aujourd’hui. Ils nous font découvrir que nos temps sont très propices pour voir la réalité en profondeur, pour participer à la victoire pascale du Christ, pour créer des foyers de lumière qui vivent en s’encourageant à vivre la foi, devenant ainsi les germes de la cité future. Il n’a pas honte d’être appelé notre Dieu parce qu’il nous a préparé une ville. C’est en la construisant dans l’histoire que nous vérifions qu’Il est avec nous tous les jours jusqu’à la fin des temps. Nos saints n’arriveront pas aux promesses sans nous. En les suivant nous devenons les saints pour demain.

P. Paco Esplugues

Février 2019 : « Un carême à la hauteur des temps qui courent… »

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Le Carême peut-il être centré sur la privation de chocolat ? Est-ce vraiment la seule bonne réponse à la souffrance du Corps du Christ que nous vivons actuellement ?

La lecture attentive de la Lettre au Peuple de Dieu du pape François nous fait découvrir un plan de guérison à vivre précisément, centré sur le Corps du Christ :

C’est le même Christ que nous recevons dans le sacrement de l’autel et que nous adorons, le même qui a vécu sa passion aux mains des prêtres en Palestine et le même que nous formons comme membres de son Corps aujourd’hui. En prendre une réelle conscience implique qu’en tant que baptisés, nous vivions le sacrement de l’Eucharistie avec toute la force qu’il mérite.

François nous invite à répondre aux enjeux d’aujourd’hui en rejoignant un point de maturité qui est la sainteté des membres en relation théologale. C’est la sainteté de nos relations entre tous qui apparaît comme pierre de touche de la réponse aux défis du moment.

Pour comprendre le sens de sa lettre, il serait aussi nécessaire de se donner comme programme de lire et apprivoiser son exhortation apostolique Gaudete et Exultate, à laquelle il nous renvoie. Il s’agit d’un vrai projet de sainteté relationnel par trop méconnu. Mais évidemment lire ne suffit pas, il est aussi indispensable de commencer à pratiquer, de façon consciente, les chemins qui mènent à cette sainteté relationnelle. En les vivant, dit le pape, le Ressuscité suscitera les dons de sa victoire sur toute corruption, à la hauteur des circonstances du moment.

Pendant la récente retraite diocésaine à Paray le Monial, aux sources du Sacré Cœur, je me suis souvenu de ce qu’a dit Jésus à Thérèse Couderc : « Une eucharistie a le pouvoir de transformer un million de mondes, mais il manque des âmes capables de prendre au sérieux le don chaste de l’Époux et de se livrer, de s’abandonner entièrement à Lui par amour ». Non pas en se comportant comme des salariés subalternes avec un patron, ou comme l’aîné de la parabole du fils prodigue qui rejette son père et son frère, Lc 15, mais en faisant siens les membres du corps du Christ. Jn 10, Jn 17,10. La sainteté des relations peut permettre d’assainir les eaux de la Mer de l’Araba (mer des eaux corrompues).

Durant cette retraite, j’avoue que je n’ai eu que des confirmations et des éclairages extraordinaires venant de la part du Seigneur. Ce n’est pas avec des recettes mais dans une pratique humble et persévérante de tous les baptisés conscients de cette sainteté relationnelle que la victoire du Ressuscité fera de cette crise un vrai tremplin vers une Église, signe attirant de la plénitude de l’Amour incarnée pour les hommes.

Pour mieux comprendre les chemins dont parle François pour atteindre cette sainteté relationnelle, Gaudete Exultate nous invite à approfondir les béatitudes en les pratiquant personnellement pour revitaliser ainsi la sainteté que Dieu nous invite à vivre aujourd’hui. La pierre de touche de cette sainteté personnelle et relationnelle est la capacité de reconnaître et traiter le Christ dans l’autre. Mt 25,40, (« Ce que vous avez fait à l’un de ce ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait  »). Le vivre, non comme un commandement imposé mais en acquérant progressivement le cœur compatissant du Christ envers nos prochains.

Ce sont les chemins de la vraie chasteté, maturité de relations nouvelles jaillies de Pâques. A condition de bien le comprendre, on voit bien pourquoi le pape propose ce chemin en ce moment de la vie de l’Église. En effet, si on reste dans une lecture sociologique (tendance très actuelle) indiquant la sortie du cléricalisme et une espèce de nouveau partage du « gâteau du pouvoir » comme solution, on abonde dans le même sens. Le cléricalisme, les luttes de pouvoir et la corruption sexuelle sont tous les conséquences et non des causes de cette crise, qui est plus profonde. Seul l’amour eucharistique de l’Époux qui comble le cœur et qui me fait « faire mien par amour » chaque homme, engendre les vraies guérisons.

Effectivement c’est la chasteté au cœur des béatitudes, vertu relationnelle charnière qui, pratiquée en de vraies relations théologales, permet d’offrir une vraie réponse à la maladie actuelle du corps du Christ. Dans notre culture, la chasteté n’est pas une joie, mais une frustration qui empoisonne le développement de l’amour. Or la vraie chasteté n’est pas un refoulement mais le débordement d‘amour d’un cœur qui permet que les relations soient profondément vraies. C’est la vertu de l’épanouissement des relations. Si le Carême a un sens cette année, c’est justement celui d’oser humblement entrer dans la prière, dans l’immersion dans le Christ et dans le partage de la vie théologale (reconnaître et traiter le Christ dans l’autre). Nous pourrons ainsi donner à la demande de François dans sa Lettre au peuple de Dieu, une réponse à la hauteur de l’enjeu.

Les clés de ce partage théologal sont décrites dans la lettre apostolique de Jean Paul II, Novo Millenio Ineunte 43, (que cite le pape François) : il s’agit d’un programme concret de spiritualité de communion, fondé sur le Corps du Christ et sur le « mystère de la Trinité qui habite en nous et dont la lumière doit aussi être perçue sur le visage des frères qui sont à nos côtés ». Je vois en ce programme les lignes de force que je voudrais proposer à tous les chrétiens de notre paroisse. Les apprivoiser personnellement et commencer à pratiquer avec d’autres frères de la paroisse des échanges de vie et de foi pour un apprentissage de la sainteté relationnelle, fondée sur ces axes. Il s’agit d’offrir vraiment au Seigneur la meilleure des coopérations pour que l’Esprit renouvelle la face de l’Église.

Il y a déjà des « foyers de lumière » qui sont nés cette année dans notre paroisse et je voudrais les proposer à tous ceux qui le veulent, comme pratique de Carême. Ce n’est pas l’unique façon d’aborder la sainteté relationnelle, mais c’est une pratique qui sans doute nous aidera à vivre toute relation en Christ. C’est essentiel. L’expérience est tellement riche que plus qu’un « carême », ce sera une pâque en avance. En vivant et en offrant à d’autres ce parcours concret de sainteté relationnelle notre Carême ne nous laissera pas sombrer dans le pessimisme distillé à l’écoute des médias, ni ignorants de ce qui se passe, mais armés pour un combat contre le Mal, qui attaque si fortement mais dont nous sommes vainqueurs.

Bon Carême !

Paco Esplugues, curé

Janvier 2019 : « De la diversité à la différence : construire le lien social »

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En ces temps de pessimisme social évident, je voudrais offrir les réflexions d’un croyant sur les éléments fondamentaux que la foi offre pour discerner notre réalité et pour redécouvrir les chemins qui permettent de construire le lien social. En fait, la fragilité actuelle n’est pas due au hasard mais fabriquée. Et malheureusement, l’Eglise, non seulement n’a pas su réagir mais souvent s’est convertie en maillon de la chaîne.

Les dénommées «  politiques de la diversité  » qui sont défendues avec tant d’ardeur par la politique actuelle, ne sont qu’un artifice du néolibéralisme pour fragmenter l’identité du peuple : Si chacun est une spécificité, alors il ne peut pas y avoir un «  nous  ». Le postmodernisme est le climat culturel qui a favorisé cette façon de penser : «  Sans horizon vers lequel on se dirige, sans passé dont on peut apprendre  ; sans possibilité d’affirmer ce qui est vrai ou faux, sans espace pour des concepts valides universels  », le néocapitalisme a pu réaliser plus facilement une série de transformations économiques –désindustrialisation, délocalisation, externalisation, etc.– qui ont favorisé l’atomisation du monde du travail. Beaucoup de gilets jaunes réagissent entre autres à cela.

Sur la base d’une conception “moderne” du travail, on promeut, par exemple, des «  entrepreneurs indépendants  » qui distribuent des pizzas à domicile, en scooter, sollicités par une appli de téléphone portable. Et comme les perspectives entrepreneuriales de ce livreur sont en réalité assez médiocres, on canalise son insatisfaction vers des revendications qui font qu’il se sent «  différent  » ,lui permettant de fuir son maigre horizon de travail. Avec une intelligence vraiment rusée (perverse), on peut injecter à ces entrepreneurs indépendants, une «  identité d’aspiration  » qui pourrait faire qu’il se sentent orgueilleux d’être, par exemple, animaliste, de classe moyenne, antithèse du travailleur classique patriarcal, footballeur, de basse classe.

Ainsi avec ces politiques dites progressistes, le néocapitalisme a obtenu de convertir la classe ouvrière en un archipel de «  consommateurs de singularités  », les options sexuelles et les identités de genre occupant une place privilégiée, (seules options qu’on ne qualifie pas de crispation identitaire). Il ne s’agit pas d’affirmer que ces groupes ne doivent pas jouir de leurs droits civils, mais il faut être conscient que l’exaltation de la diversité est la meilleure caution pour les gouvernements soumis à la globalisation. Ils peuvent ainsi faire mine de progressistes face aux médias.

Il ne faut pas oublier non plus que ces politiques de la diversité sont très dopées économiquement par des organismes publics et privés  ; l’ardeur des politiciens à défendre ces politiques est directement proportionnelle à la quantité d’argent que ces organismes (ou lobbies) investissent .Ce que les médias nomment politiciens populistes bénéficient souvent de cette fragilisation sans répondre vraiment aux enjeux de fond.

Cet «  air du temps  » a aussi pénétré les églises, asservies au besoin d’apparaître tolérantes dans cette exaltation de la diversité, alors qu’en réalité elles détruisent la richesse de leur tradition vivante, vrai fondement de la personne qui se découvrirait elle-même, et se construirait dans la plénitude de ses talents. Dans l’abandon de ce vrai fondement de la personne, celle-ci perd l’intelligence de la plénitude du Corps (« nous ») qui l’accueille et lui permet de développer sa fécondité.

Le langage est tellement déformé, qu’on assimile tradition à carcan, quand en réalité démolir cette tradition atomise la personne en la rendant insignifiante et consommatrice « d’identités d’aspiration », tout en ayant perdu ou en ayant peur d’affirmer la richesse de la propre identité chrétienne. L’identité du croyant est la base de la vraie liberté. Sans un « nous » fondé sur la Vérité, et sur le Bien partagé, la liberté se réduit aux choix proposés par le marché.

Si au niveau social, l’idéologie de la diversité s’impose comme un piège, du fait qu’elle finit par être défendue par ceux qui en vont subir les conséquences, elle fait aussi des ravages au niveau ecclésial, puisqu’elle signe la disparition de ce qu’est l’Eglise , et de ce qu’elle peut apporter au monde  ! Avec en prime, un mal supplémentaire, à savoir que ce qui semble, apparemment, la défense des particularités, est en réalité l’atomisation et la dissolution de la personne. Elle l’empêche de profiter de l’héritage que le Christ donne à chacun de nous, héritage qui nous permet d’être constructeurs de l’ensemble (bien commun) et membres vitaux (libres) de tout le Corps.

Pourquoi les générations nées de ce qu’on a appelé l’Esprit du Concile n’ont-elles pas su transmettre la foi à leurs enfants  ? Justement parce que l’idéologie de l’individualisme et de la diversité («  Qui suis-je pour juger  ?  ») a évacué l’apport de la vraie tradition. Par le «  politiquement correct  » on a perdu le vrai fondement du sujet, son être profond. L’Incarnation nous montre au contraire la grandeur de l’homme qui est frère de l’Homme-Dieu. Sur ce fondement il peut émerger un dynamisme Unique (différent de tous les autres), car non réduit à des individualités, non restreint à un prêt à consommer religieux, dont le New Âge est l’exemple. Cette perte du vrai fondement est aussi très répandu dans le vécu existentiel de beaucoup de catholiques.

Pour que ce sujet Unique («  Ne crains pas, je suis ton Dieu, C’est moi qui t’ai choisi, appelé par ton nom. Tu as du prix à mes yeux et je t’aime. Ne crains pas car je suis avec toi   » Isaïe43-4), membre de tout le Corps puisse rayonner dans sa grâce unique il faudrait qu’il puisse accueillir la tradition du Christ vivant et présent dans l’eucharistie, avec tout ce qu’elle comporte dont les dogmes comme balises de Vérité et vivant et présent dans l’autre, pour ne pas évacuer en route le cadeau que Dieu nous a offert, Héritage qu’il nous donne comme socle de nos vies en même temps qu’une éthique du sujet qui, bien accueillie dans la raison, permet que la conscience ne reste pas prisonnière du subjectivisme, en faisant émerger le vrai «  Je  » (Vérité et Amour). Ce vrai «  Je  » qui se manifeste quand la personne sait accueillir le Nous ecclésial. Cela se traduit dans la pratique communautaire à comprendre à quel point nous sommes responsables du Corps entier (ecclésial) et par conséquent social.

Que cette nouvelle année nous permette d’orienter nos horizons et nos pratiques dans cette tradition du Christ qui, partagée dans le nous ecclésial, nous fasse des témoins qui grandissent, et qui éclairent les pièges de «  l’air du temps  », en, offrant à nos contemporains déboussolés des rayons de lumière sur l’aliénation du système et des voies praticables pour s’en sortir.

Bonne nouvelle année  !

P. Paco Esplugues

Novembre 2018 : « PMA : dialogue et combat »

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Editorial de Mgr Marc Aillet – Revue diocésaine « Notre Eglise » de novembre 2018

Il semble bien que les Etats généraux de la Bioéthique soient passés à la trappe. Mis en place à l’initiative du gouvernement pour vérifier le «  large consensus  » appelé de ses vœux par le Chef de l’Etat comme condition d’une évolution de la législation française en faveur de la «  PMA pour toutes  », ils devaient rendre compte de l’avis des citoyens. Malgré une organisation opaque, la participation a dépassé toutes les prévisions et les espérances, tant pour les débats régionaux que pour les contributions sur internet. Mieux : la grande majorité des participants et des contributeurs se sont déclarés, de manière argumentée, contre l’inscription dans la loi de ce qu’il convient d’appeler la «  fabrication d’enfants sans père  » au nom du «  droit à l’enfant  ». Bon nombre d’enquêtes d’opinion, publiées ces derniers mois, vont dans le même sens : non seulement une majorité de citoyens plaident pour l’importance du père dans la filiation et l’éducation des enfants, mais une majorité se prononce pour un report du débat parlementaire afin de ne pas réveiller les divisions au sein de la société française. Plus : un sondage fait apparaître que la légalisation de la PMA pour toutes arrive en 17e position sur 18 priorités actuelles des français, loin, très loin derrière le chômage, l’immigration et le pouvoir d’achat  !

Malgré cette démarche citoyenne, le Conseil Consultatif National d’Ethique (CCNE), qui en a assuré le pilotage, émet un avis favorable, après comme avant les Etats généraux, comme s’ils n’avaient pas eu lieu. Pareillement le Conseil national de l’Ordre des médecins. Et il ne se passe pas un jour, sans que les grands medias ne se fassent l’écho d’une prise de position «  autorisée  » – ministres du gouvernement, parlementaires, personnalités de la société civile… – en faveur de la PMA  ! La ministre de la santé déclare même que «  tous les indicateurs sont au vert  » pour inscrire la PMA pour toutes dans le projet de loi de bioéthique  ! Sans compter les campagnes orchestrées par des lobbies pour dénoncer la recrudescence des actes dits «  homophobes  » – quand bien même la Préfecture de Police de Paris enregistre une baisse de 37% de ces agressions durant les neuf premiers mois de l’année -, assurer la promotion du film gay dans la presse, rendre compte de revendications tapageuses au nom de l’égalité et du principe de non-discrimination, balayé pourtant par un avis du Conseil d’Etat… Des ballons d’essai sont même lancés en faveur de la GPA (gestation pour autrui ou mères porteuses), avec force campagnes médiatiques autour d’un journaliste vedette passé maître dans l’art d’exciter la fibre compassionnelle : on en oublierait presque que le «  prix  » d’un enfant obtenu par GPA, s’élève à des sommes astronomiques, en décalage indécent par rapport au niveau moyen d’un ménage qui ne parvient pas à boucler ses fins de mois et qui se voit rétorquer par le sommet de l’Etat : «  Si on se plaignait moins, la France irait mieux  »  ! A moins que l’agitation du spectre de la GPA ne serve à mieux faire accepter la PMA… La bioéthique, qui apparaît étroitement liée à la biotechnologie, finit pas être prisonnière de la «  bio économie  » : c’est qu’il y a manifestement un «  marché  » derrière ces revendications  !

Résolument engagé dans une démarche de dialogue, le groupe de travail chargé des questions de bioéthique au sein de la Conférence des évêques de France a commis un texte très argumenté sur «  La dignité de la procréation  ». En insistant sur le risque de fabrication, de marchandisation et d’instrumentalisation induit par ces techniques de procréation assistée, le texte pointe les problèmes éthiques posés par la PMA en général et, qui plus est, quand elle est appliquée à toutes les femmes, en rappelant l’intérêt supérieur et le droit inviolable de l’enfant. Cette déclaration, que les évêques de France ont tous signée nominativement et publiée le 20 septembre dernier, constitue, à n’en pas douter, un texte de référence, dont l’argumentation éthique, anthropologique et juridique est particulièrement pertinente et bien à même d’éclairer les consciences.

Mais qu’en sera-t-il de ces Etats généraux et de ce texte épiscopal face à un rouleau compresseur médiatique qui est déjà passé à l’offensive et dont il est permis de douter de l’aptitude à un dialogue apaisé et respectueux de la démocratie  ? Certes, quand Dieu crée, il entre en dialogue avec sa créature  ; quand Jésus annonce l’Evangile, il entre en dialogue avec les pécheurs  ; quand l’Eglise accomplit sa mission, elle se fait conversation avec le monde : mais c’est toujours Dieu, Jésus ou l’Eglise qui prennent l’initiative en vue du vrai bien de tous. Faut-il cependant dialoguer avec le Tentateur  ? Pour l’avoir fait, Adam et Eve ont précipité l’humanité dans le chaos  !

L’heure n’est-elle donc pas venue d’une parole prophétique dont le but n’est pas nécessairement de gagner une bataille d’idées ou de mots, encore moins une bataille politique, mais de parler à la conscience des gens et de faire progresser le «  printemps des consciences  » qui finira bien par secouer le joug de la culture de mort qui nous ferme l’horizon  ? Le moment n’est-il pas venu d’entrer dans le combat et d’abord dans le combat spirituel si souvent souligné par le Magistère récent  ? Ce combat anthropologique pourrait bien coïncider avec le combat eschatologique évoqué par saint Jean dans l’Apocalypse : le combat de la femme, revêtue du soleil, et du dragon se tenant en arrêt devant la femme sur le point d’enfanter pour dévorer l’enfant mâle aussitôt né (cf. Ap 12). Difficile en effet de ne pas discerner dans ces tentatives de «  dénaturation  » de l’homme, des «  manœuvres du diable  » s’attaquant directement au dessein Créateur de Dieu sur la vie, le mariage et la famille, tel qu’il est exprimé dans la «  Vérité du commencement  » : Jésus lui-même y renvoya les pharisiens sur la question du divorce : «  C’est à cause de votre dureté de cœur que Moïse vous a concédé cela, mais au commencement, il n’en était pas ainsi  » (Mt 19, 8)  ?

Certes, il faut se méfier de la rigidité doctrinale à laquelle peut conduire une affirmation de la Vérité qui n’est pas assez pénétrée d’amour. Mais en se fondant dans une attitude de compassion pour s’opposer au dessein Créateur de Dieu, les évolutions sociétales d’aujourd’hui nous exposent à la dureté du cœur dénoncée par Jésus : c’est ainsi que la compassion pour la souffrance d’un malade en phase terminale peut conduire à supprimer le souffrant et la compassion pour un couple de femmes en désir d’enfant peut amener à sacrifier des embryons et à priver intentionnellement un enfant de père… Quand la compassion n’est pas suffisamment éclairée par la Vérité, elle conduit immanquablement à la dureté du cœur, plus destructrice encore que la rigidité doctrinale. Comme l’écrivait Georges Bernanos en 1938, avec une lucidité toute prophétique : «  L’homme de ce temps a le cœur dur et la tripe sensible  ».

En rendant témoignage à la Vérité, en se mobilisant et en se manifestant, on n’échappera pas à l’accusation d’être «  clivant  ». Mais c’est la Vérité qui est clivante, précisément parce que le premier principe de la connaissance intellectuelle – dont l’objet est la Vérité comme adéquation de l’intelligence et du réel – est le principe de non contradiction : «  Ce qui est est, ce qui n’est pas n’est pas  », ainsi formulé par Jésus : «  Que votre oui soit oui, que votre non soit non. Ce qui est en plus vient du Mauvais  » (Mt 5, 37). N’ayons donc pas peur d’entrer dans ce combat et confions-le au Seigneur qui nous a enseigné à dire au Père : «  Ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du Mal  », c’est-à-dire du Mauvais  !

Octobre 2018 : « 360 ans après, saint Claude de la Colombière à Avignon »

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360 ans après son entrée au noviciat des Jésuites à Avignon, Claude de la Colombière revient dans ce lieu. Ce saint représente deux axes forts et discrets pour le christianisme de notre XXIe siècle : le Sacré Coeur et le Discernement spirituel de St Ignace de Loyola.

Les coulisses de la vie des saints sont souvent des chemins où l’on peut mieux percevoir les interventions de Dieu dans l’histoire  ! Focaliser le regard sur ces chemins du divin agissant dans la discrétion mais capable d’engendrer dans une vie des voies fécondes pour des générations, peut nous aider, nous chrétiens d’aujourd’hui, dans notre époque assez malade, à ne pas être emportés par le tourbillon extérieur et à accompagner l’Esprit victorieux du Christ dans son agir d’aujourd’hui.

Cela fait 360 ans, le 25 octobre, Claude de la Colombière prononçait ses vœux à la chapelle saint Louis qui était le noviciat des Jésuites (ou à l’église qui sert aujourd’hui de musée Lapidaire). Du 5 au 11 novembre, ses reliques viendront revisiter ces lieux.

Ce saint, canonisé par Jean Paul II, était le directeur spirituel de sainte Marguerite Marie Alacoque, la sainte de Paray le Monial qui a reçu les révélations du Cœur de Jésus. L’importance de la sainteté de son directeur spirituel est immense puisque cette Soeur n’a pas été comprise, ni pas toujours bien accompagnée dans sa vie religieuse.

Les chemins de Dieu ne sont pas toujours compris par les hommes d’Eglise. La sagesse toute jésuite de Claude et son habitude du discernement selon saint Ignace a permis de bien discerner l’action de Dieu. Avec lui, Marguerite Marie a pu avancer avec assurance sur le chemin de la sainteté  ! Jésus lui disait que pour le rayonnement de son amour pour le monde, Il comptait sur elle et Claude.

L’actualité de cet apprentissage du discernement est indéniable. Le pape François le répète en permanence (ex. Synode des jeunes). Notre église a besoin plus que jamais du discernement des chemins de Dieu dans une époque où ses colonnes semblent ébranlées. À l’occasion de la venue des reliques de Claude, une soirée visant à faire mieux connaître les chemins du discernement spirituel aura lieu. (cf voir programme dans le site du diocèse).

La spiritualité du Sacré Cœur de Jésus est aussi d’une grande actualité. Ce sont les flots de l’amour de Dieu qui se penchent sur nous dans le cœur humain-divin du Rédempteur. Cet amour est si grand que lorsque nous sommes un tant soit peu touchés par ce fleuve, notre vie est transformée. L’unité qui vient de l’accomplissement de la vocation de chacun se réalise. La mission trouve un souffle nouveau malgré les obstacles. La pureté de cœur fait disparaître la corruption. Et, enfin, la soif du Christ attire nos âmes vers la passion pour transmettre l’Évangile.

Claude et Marguerite ensemble, sont les deux grands témoins de l’accueil de l’amour infini du cœur de Jésus pour le monde  ! L’heure de présence régulière au Cœur de Jésus est une voie merveilleuse pour apprendre à ressourcer nos cœurs et à trouver la joie de l’offrande silencieuse et féconde (cf. Enseignement sur la garde d’honneur).

Que cette semaine de la présence des reliques de ce saint, un peu avignonnais, nous aide à approfondir ces deux axes si importants pour notre Église aujourd’hui.

P. Paco Esplugues